Mercredi 20 février 2019

L’île de Pâques fait escale à Bordeaux

Au Musée d’Aquitaine, après Milan et Barcelone

Le Journal des Arts

Le 1 mai 1996 - 509 mots

Après Milan et Barcelone, Bordeaux accueille un ensemble exceptionnel de 400 œuvres de l’île de Pâques et de la Polynésie. Provenant de musées chiliens, italiens et de collections publiques françaises, les sculptures en bois, parures, objets cérémoniels et archéologiques sont réunis pour la première fois en France. Cette confrontation sans précédent permet de découvrir la culture pascuane ancienne dans sa globalité.

BORDEAUX - Découverte en 1722 par le Hollandais Roggeveen, le jour de Pâques, Rapa Nui, l’île "mystérieuse", n’a cessé de frapper l’imagination des Européens, de James Cook à Pierre Loti. Plus connue pour ses célèbres statues monumentales en pierre, les moai, cette petite île isolée du Pacifique n’avait pourtant jamais fait l’objet d’une grande manifestation. Les collections chiliennes et italiennes montrées à Milan et Barcelone ont été enrichies pour l’occasion par des objets pascuans souvent méconnus, dispersés dans les musées français (Avignon, Toulouse, Rochefort, Paris...).

Organisée en deux parties, l’exposition du Musée d’Aquitaine offre tout d’abord une vue d’ensemble de la civilisation polynésienne. Des thèmes aussi divers que le peuplement, la navigation, la vie quotidienne et la parure sont abordés. Cent cinquante pièces majeures du Pacifique sont présentées, parmi lesquelles un réceptacle à offrandes de Mangareva (Musée de l’Homme) ou une très rare statue des îles Gambier, aux lignes pures et abstraites, sauvée d’un autodafé en 1835 (Musée national des arts d’Afrique et d’Océanie).

La deuxième partie, avec plus de 250 objets en bois et en pierre (dont certains ont été rapportés par Loti), est consacrée uniquement à la culture de l’île de Pâques. Cette société très hiérarchisée a développé, du fait de son isolement, un art riche et original. Statuettes, objets cérémoniels, pagaies de danse, ornements, amulettes et tablettes étaient ainsi sculptés dans le bois par des artisans spécialisés avec un souci évident de raffinement.

L’homme-oiseau
Malgré l’évangélisation massive et le massacre de la population au XIXe siècle, cette production s’est perpétuée jusqu’au début de notre siècle. Les insignes de rang, tels les pectoraux en forme de croissant (reimiro) ou les sceptres (ahua) portés par l’aristocratie pascuane, se caractérisent par une grande unité de style, notamment dans leur décor de têtes hu­maines. Plus variées, les statues cultuelles en bois, zoomorphes et anthropomorphes, se divisent en quatre catégories : les moai kavakava (images à côtes), personnages masculins étranges au corps décharné et au visage émacié, les rares images féminines plates, les images humaines au modelé naturaliste, enfin les étonnants hommes-lézards et hommes-oiseaux aux côtes saillantes. Conservés dans les maisons, ces divinités secondaires ou esprits protecteurs étaient parfois suspendus au cou des insulaires lors des danses cérémonielles.

Cette particularité n’a pas son équivalent en Polynésie, tout comme le culte de l’homme-oiseau, thème sacré omniprésent aussi bien sur les nombreux sites rupestres de l’île que sur les tablettes de bois gravées d’une écriture inconnue.

"VOYAGE VERS L’ÎLE MYSTÉRIEUSE... DE LA POLYNÉSIE À L’ÎLE DE PÂQUES". Musée d’Aquitaine, 20 cours Pasteur, 33000 Bordeaux, du 20 avril au 15 septembre, tlj sauf le lundi de 10h à 18h. Catalogue collectif sous la direction d’Alberto Puig et de Paul Matharan, 300 p., Éditions Erizzo

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°25 du 1 mai 1996, avec le titre suivant : L’île de Pâques fait escale à Bordeaux

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