Lundi 10 décembre 2018

Paysage

Les vagues à l’âme du Havre

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 30 avril 2004 - 682 mots

Le Musée Malraux revient sur les débuts de l’art moderne à travers le thème de la vague.

 LE HAVRE - De 1865 à 1869, Courbet séjourna régulièrement au Havre, à Honfleur, Trouville, Deauville et Étretat, où, fasciné par les flux et reflux d’une eau en perpétuel mouvement, il réalisa ses « paysages de mer ». L’achat par la Ville du Havre en 2000 d’une toile issue de cette série, La Vague, a servi de point de départ au Musée Malraux pour élaborer une exposition autour des paysages de Courbet et, plus généralement, du motif de la vague dans l’œuvre de ses prédécesseurs, contemporains et successeurs. Une thématique très large qui a incité les commissaires à scinder la manifestation en deux parties. Le premier volet traite de la fin du XIXe siècle au début du XXe. Le deuxième, organisé avec le FRAC Haute-Normandie, présentera à partir du 26 juin des œuvres contemporaines signées Balthasar Burkhard, photographe qui a travaillé à partir de l’œuvre de Courbet, mais aussi Karin Apollonia Müller, Anne Deguelle, Elger Esser, Ger van Elk, Roni Horn, Stephen Hugues, Jean Le Gac...
À travers le thème de la vague, qui, du détail, devient sujet de l’œuvre à part entière dès la deuxième moitié du XIXe siècle, l’exposition étudie ce moment crucial pour l’histoire de l’art que fut le passage à la modernité. Le parcours fait la part belle à la photographie, avec les travaux d’Eugène Colliau ou d’Albert Londe. Chimiste de formation, ce dernier invente dans les années 1880 un appareil permettant de décomposer les différentes phases d’un même mouvement, technique qu’il expérimenta avec La Vague (vers 1893).

L’impact de la photographie
Avant lui, dès les années 1850, Gustave Le Gray parvint à surmonter les contraintes du temps de pose. En témoignent ses différents clichés des côtes normandes et bretonnes pris entre 1856 et 1858. Pour obtenir des tirages comme La Grande Vague, Sète (1857), il eut recours à une astuce : il réalisa d’abord deux prises de vue (une pour le ciel, l’autre pour les flots), puis un tirage des deux négatifs juxtaposés sur la même feuille. Ses travaux, qui provoquèrent un engouement considérable en France comme en Angleterre, eurent un impact décisif sur l’œuvre de Courbet. Le peintre utilisait souvent la photographie tant pour le choix de ses modèles que pour favoriser la diffusion de sa peinture. Les tableaux comme La Falaise d’Étretat après l’orage (1869), La Trombe (vers 1870) ou encore La Mer (1872) s’inscrivent au mieux dans l’espace lumineux du Musée Malraux, qui, situé au bord de la Manche, confronte directement les œuvres à leur source d’inspiration. Les « Paysages de mer » côtoient les recherches impressionnistes de Monet (Fécamp, bord de mer, 1881, ou Tempête, 1886), les vues maritimes de Boudin (Entrée des jetées du Havre par gros temps, 1895) ou du Bruxellois Guillaume Vogels (Marine, Mer du Nord, vers 1876). Avec l’ouverture du Japon à l’Occident, à partir des années 1870, les artistes découvrent les estampes japonaises d’Hokusai (dont est exposée la célèbre Sous la vague au large de Kanagawa qui inaugure la série des « Trente-six vues du mont Fuji ») et d’Hiroshige. Certains, comme Gauguin (Vache sur la falaise à Porsac’h, 1888) ou les Nabis, s’inspirent largement de ce style japonais, tandis que d’autres reprennent à leur compte la technique de l’estampe pour élaborer des séries entières. Ainsi d’Henri Rivière pour ses études de vagues exécutées en Bretagne en 1890. Leur succèdent des travaux qui marquent le passage d’un siècle à l’autre tel ce cliché de Belle-Île, Port-Donnant par grosse mer (1905) d’Étienne Neurdein, celui de Robert Demachy surprenant une Vague déferlante (1900) ou encore La Vague (1901) de l’écrivain August Strinberg, une esquisse évoquant une mer menaçante. Quasiment abstraite, sans réel point de repère, celle-ci annonce les grands bouleversements que connaîtra bientôt la création artistique.

VAGUES I. AUTOUR DES « PAYSAGES DE MER » DE GUSTAVE COURBET

Jusqu’au 6 juin, Musée Malraux, 2, bd Clemenceau, 76600 Le Havre, tél. 02 35 19 62 62, tlj sauf mardi 11h-18h et 19h le week-end, fermé les 1er et 8 mai. Catalogue, éditions Somogy, 200 p., 30 euros.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°192 du 30 avril 2004, avec le titre suivant : Les vagues à l’âme du Havre

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