Vendredi 20 juillet 2018

Les Trésors de l’orfèvrerie juive médiévale

Par Bertrand Dumas · L'ŒIL

Le 26 juillet 2007 - 365 mots

Septembre 1347. Douze bateaux génois venant de Constantinople débarquent à Messine. À bord, une passagère redoutable et imprévisible accompagne les précieuses marchandises importées d’Asie  : la puce du rat noir. Avec elle, se propage le plus grand fléau de l’histoire médiévale – la peste noire – qui décima, en moins de cinq ans, un tiers de la population européenne. On attribue le mal non identifié au châtiment divin, mais ce sont les juifs qui serviront de boucs émissaires. Les villes d’empire connaissent alors un destin cruel. À Colmar, neuf cent soixante-seize cadavres sont jetés dans « la fosse aux juifs » pour la seule journée du 2 mai 1349.
Parmi eux se trouvait, peut-être, le malheureux propriétaire du « trésor de Colmar » : des centaines de pièces d’or et d’argent, des bijoux, des éléments de parures et de vaisselle, rehaussés de perles, de pierres précieuses et d’émaux qui sont, aujourd’hui, présentés au Musée national du Moyen Âge.
Découvert en 1863, le trésor était soigneusement caché dans le mortier du mur d’une maison, située dans l’ancien quartier juif de la ville médiévale. Il est présenté à côté d’un autre trésor encore plus remarquable, exhumé en 1998 à Erfurt, capitale allemande du Land de Thuringe. Leur réunion fait apparaître la parenté des usages et des styles de l’orfèvrerie juive avec celle des chrétiens. Les ressemblances sont aussi les témoins des échanges artistiques à travers l’Europe médiévale.
Dans les deux trésors, enfouis et retrouvés dans des conditions similaires, se mêlent des objets d’orfèvrerie, à caractère profane et religieux. Leur appartenance à des membres de la communauté israélite est confirmée par la présence de bagues de mariage, propres au rite judaïque. Elles sont surmontées d’un petit édifice qui évoque, à la fois, la maison du couple et le Temple de Jérusalem détruit.
Dans les exemplaires de Colmar et d’Erfurt, les mots hébreux mazel tov (« bon augure ») sont gravés à l’intérieur de l’anneau. Une promesse contredite par la fin tragique des époux, terrassés par la peste noire et/ou la folie meurtrière des hommes.

« Trésors de la peste noire”‰: Erfurt et Colmar », Musée national du Moyen Âge, thermes et hôtel de Cluny, 6, place Paul-Painlevé, Paris Ve, tél. 01 53 73 78 16, jusqu’au 3 septembre 2007.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°591 du 1 mai 2007, avec le titre suivant : Les Trésors de l’orfèvrerie juive médiévale

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