Les tissus coptes de la collection Bouvier

Par Laure Meyer · L'ŒIL

Le 23 janvier 2009 - 344 mots

Ce monsieur âgé, si sérieux, professeur de droit à l’université d’Alexandrie, nommé Maurice Bouvier, était animé d’une passion surprenante : il collectionnait des bribes de tissus qu’il achetait à des antiquaires ou que lui apportaient chez lui des marchands venus des villages.

Il ne s’agissait pas de n’importe quels tissus. Seuls étaient dignes de sa collection les tissus coptes, qu’il distinguait d’un œil très sûr.
Les Coptes sont ces habitants chrétiens d’Égypte qui ont vécu du iiie siècle après J.-C. jusqu’à la conquête musulmane au viie siècle et survécu jusqu’au xiie siècle. La majorité des tissus coptes de la collection Bouvier provient de tombes, car à partir du iiie siècle le corps du défunt était enseveli enveloppé de plusieurs linceuls. Enfouies dans les sables du désert à l’abri de la lumière, certaines parties de ces tissus sont bien conservées, mais le manque de rigueur des premières fouilles a rendu leur datation souvent impossible. Pour pallier cette lacune, on se fonde généralement sur le style de leurs motifs.
Dans la collection Bouvier, les motifs décoratifs ont été découpés et cousus sur un fond de tissu gris qui exalte les coloris. Les noirs profonds donnent poids et consistance aux éléments figurés, souvent des êtres vivants, des humains comme Adam et Ève ou comme ce Groupe de danseurs dionysiaques sous des arcades, stupéfiant de dynamisme et de modernité bien que daté du ve -vie siècle. Noir encore pour certains animaux, pour ce Lion passant à la langue rouge ou pour L’Aigle aux ailes déployées. La végétation, les arbres se parent de couleurs d’automne. Rouges et orangés triomphent, dopés de vert acide et de jaune.
Après l’invasion arabe du viie siècle, la tradition des tissus coptes se perpétue jusqu’au xiie siècle, mais la représentation fidèle de la réalité diminue, les scènes narratives sont progressivement remplacées par des compositions végétales et géométriques correspondant mieux à l’esprit de l’art islamique décoratif et épuré.

A voir

« Fragments d’Égypte. Textiles coptes. Collection Maurice Bouvier », musée Bargoin, 45, rue Ballainvilliers, Clermont-Ferrand (63), tél. 04 73 42 69 70, jusqu’au 1er mars 2009.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°610 du 1 février 2009, avec le titre suivant : Les tissus coptes de la collection Bouvier

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