Les Tanagréennes entre mythe et réalité

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 13 novembre 2007

Figurines en terre cuite créées à Athènes à la fin du IVe siècle avant J.-C. puis reproduites dans tout le monde grec durant le IIIe siècle, les Tanagréennes doivent leur nom au lieu où elles furent découvertes. Tanagra, l’antique cité de Béotie, a en effet livré quantité de vestiges que le Musée du Louvre met aujourd’hui en lumière.

PARIS - Exhumées clandestinement en Béotie à la fin de l’année 1870, les Tanagréennes firent immédiatement l’objet d’un formidable engouement. Collectionneurs privés et musées s’arrachaient ces petites figurines d’argile représentant le plus souvent un personnage féminin gracieusement drapé dans un manteau. Victimes de leur succès, les Tanagréennes furent maintes fois copiées par des faussaires. Cette passion pour le mythe “Tanagra” a servi de point de départ au Musée du Louvre, pour une exposition qui s’intéresse aussi bien à ces figurines antiques qu’au site archéologique où elles furent découvertes. Sujet de prédilection de Gérôme, la célèbre Tanagra imaginée par l’artiste en 1890 (dont est présentée une reproduction en bronze) résume à elle seule le goût du XIXe siècle pour ces statuettes à la polychromie séduisante. À ses côtés se déploient des exemplaires modernes de la Danseuse Titeux, fameuse terre cuite grecque antique reproduite en plâtre patiné, en bronze argenté ou en céramique émaillée par Théodore Deck, directeur de la Manufacture nationale de Sèvres. Le modèle antique féminin fut à ce point décliné que le terme Tanagra finit, au XIXe siècle, par désigner uniquement la délicate sculpture que l’historien Théodore Reinach surnommait “la Parisienne de l’Antiquité”. “L’image n’est pas fausse, mais elle est extrêmement réductrice. Car le mot Tanagra doit ouvrir un champ de signification autrement plus riche, plus complexe et plus diversifié, note le commissaire Alain Pasquier dans le catalogue de l’exposition. Tanagra, c’est un site de cette province de Béotie […] dont l’histoire n’a pas commencé avec les statuettes qui lui ont emprunté son nom.” En témoignent les pièces archéologiques mises au jour à Tanagra, telle la Larnax (petit coffret décoré) peinte avec représentation de sphinx et de palmier (XIVe-XIIIe siècle av. J.-C.), le Biberon à décor de spires (XIVe-XIIIe siècle av. J.-C.), ou encore l’“Idole-cloche” (vers 700 av. J.-C.), typique du style béotien.

La mode béotienne
À la fin du VIe siècle avant J.-C., des “scènes de genre” (Homme assis râpant du fromage, Femme à la cuisine ou Scène de coiffure) font leur apparition dans la terre cuite béotienne. Deux siècles plus tard, Athènes invente des statues d’un style nouveau, très appréciées à Tanagra... Aboutissement de la technique du moule bivalve, les Tanagréennes sont reproduites par milliers à des fins funéraires. La Sophocléenne (inspiré d’un portrait de Sophocle) et la Dame en bleu (d’après une œuvre de Praxitèle) font partie des types les plus diffusés sur le bassin méditerranéen. Un éclairage subtil permet d’apprécier au mieux les détails des figurines, notamment leurs drapés qui révèlent les modes des IVe et IIIe siècles avant notre ère. Le péplos, large rectangle de laine, dont la longueur se règle par une ceinture servant aussi à faire bouffer l’étoffe, est le vêtement le plus en vogue au IVe siècle. Lui succède le chiton, tunique en lin, en byssus (textile très fin proche du coton), en mousseline, voire en soie sauvage. Les statuettes portent aussi des accessoires : éventail, cécryphale (foulard de tête), tholia (chapeau pointu qui protège du soleil)... Depuis Athènes, le style tanagréen essaime dans les ateliers régionaux de l’Eubée, d’Alexandrie, de la Macédoine, de Tarente ou d’Amisos. Il s’épuise dans le courant du IIIe siècle avant J.-C. pour réapparaître quelque 2 000 ans plus tard en France dans des galeries privées, des musées et même chez les faussaires !

TANAGRA – MYTHE ET ARCHÉOLOGIE

Jusqu’au 5 janvier, Musée du Louvre, hall Napoléon, 75001 Paris, tél. 01 40 20 51 51, www.louvre.fr, tlj sauf mardi, le 11 novembre et le 25 décembre, 9h-17h30, et jusqu’à 21h30 les lundi et mercredi. Catalogue RMN, 335 p., 45 euros.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°177 du 26 septembre 2003, avec le titre suivant : Les Tanagréennes entre mythe et réalité

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