Dimanche 18 février 2018

5 clés

Les signes de la franc-maçonnerie

Par Marie Zawisza · L'ŒIL

Le 18 avril 2016

À la BnF, qui abrite l’un des plus importants fonds maçonniques au monde, une exposition retrace l’épopée de la franc-maçonnerie française à travers plus de quatre cent cinquante pièces. Prêts pour percer le secret
de ces mystérieux symboles ?

1 Le compas
La Bible hystoriaulx, traduction avec gloses de Guyart des Moulins, XIVe siècle, BnF, département des Manuscrits, Paris. L’Ancien Testament relate que Dieu « a tout disposé avec mesure, nombre et poids » (Sagesse, XI, 20) ou qu’Il « traça un cercle sur la surface de l’abîme » (Proverbes, VIII, 27). C’est ainsi qu’aux XIVe et XVe siècles, les bibles historiées, qui tiennent lieu d’encyclopédies théologiques, évoquent un Dieu géomètre – comme en témoigne cette illustration de la Bible historiale traduite par Guyart des Moulins au XIVe siècle. Voilà qui résonne avec l’imaginaire maçonnique ! « La franc-maçonnerie est à l’origine un sous-produit du judéo-christianisme, auquel s’agrège au XVIIIe siècle un courant ésotérique développé à la Renaissance », commente Pierre Mollier, un des commissaires de l’expo de la BnF. Le symbole du compas puise ainsi ses sources à la fois dans la maçonnerie opérative et dans la Bible. Il est l’instrument de mesure par lequel le franc-maçon peut manifester son discernement et exercer sa liberté dans son entreprise de construction d’une humanité meilleure. L’équerre symbolise quant à elle la rectitude et la perfection – chaque outil invitant à la méditation d’une vertu maçonnique.

2 Le tableau de loge
Tableau de loge d’apprenti, fin du XIXe siècle. C’est l’image que l’on place au milieu du temple pour inaugurer l’ouverture du travail maçonnique, et isoler cette activité spéculative de celles du monde profane. Au XVIIe siècle, dans les premiers temps de la franc-maçonnerie, lorsque les corporations de métier de maçons en Écosse et en Angleterre admettent peu à peu en leur sein des membres extérieurs au métier et que cette société de métier dite « opérative » devient « spéculative », la présence d’un tableau de loge permettait de transformer n’importe quelle salle en temple maçonnique. La première grande loge, fondée en 1717, marque le début de la franc-maçonnerie moderne : celle-ci se présente comme une société « initiatique » amenant les francs-maçons à percevoir une réalité plus subtile du monde qui les entoure au travers de rites et méditations des symboles. Comprendre et interpréter les symboles du tableau de loge constitue ainsi pour tout maçon une quête herméneutique, tout au long de son initiation, marquée par la redécouverte des « cultes à mystères », de l’Antiquité au XVIe siècle, comme ceux d’Éleusis. « Les symboles sont une mise en présence : leur méditation invite à développer des concepts », explique Pierre Mollier, un des commissaires de l’exposition de la BnF.

3 Le delta rayonnant
La Maçonnerie secourant l’humanité, estampe. Que signifie ce delta rayonnant qui surplombe cette allégorie de la franc-maçonnerie secourant l’humanité ? « Il est ici l’image de la conscience », avance Pierre Mollier. Pourtant, la signification de ce delta rayonnant puise ses sources, une fois de plus, dans la chrétienté. « À l’origine, ce delta, qu’on observe dans l’art baroque, était un symbole de la Trinité », observe Pierre Mollier. Pour les francs-maçons, il symbolise le « GADLU » – « Grand Architecte de l’univers » –, terme qui apparaît dans le texte fondateur de la franc-maçonnerie moderne, les Constitutions d’Anderson (1723). Mais bientôt ce « Grand Architecte » sera celui de la conscience héritée des Lumières. En 1732, en effet, les francs-maçons, qui s’étaient fédérés en société spéculative prônant la liberté de conscience dans une Angleterre marquée par les guerres de religion, sont excommuniés par le Pape Clément XII. Au XIXe siècle, en s’alliant aux libéraux contre les monarchistes et les conservateurs, qui appuient l’Église romaine, ils basculent dans l’anticléricalisme. Le symbole, à l’origine religieux, prend une dimension laïque.

4 l’étoile flamboyante
François-Nicolas Noël, La géométrie du maçon, frontispice, 1812. L’iconographie de la franc-maçonnerie spéculative est peuplée d’éléments cosmogoniques. Ainsi, l’« apprenti » maçon devenu « compagnon »  – deuxième grade du rite français, qui en contient trois – découvre dans son parcours initiatique l’étoile flamboyante, avec en son centre la lettre G, pour « géométrie », mais aussi « gnose », c’est-à-dire connaissance. « Elle est comme la comète qui indique par sa lumière la direction à suivre », observe Pierre Mollier. Les branches de celle-ci sont reliées à cinq symboles issus de la maçonnerie opérative – le compas, l’équerre, la règle, le crayon et la planche : devenant « maître » à sa lumière, grâce à ses outils, le maçon pourra bâtir le temple du Grand Architecte de l’univers. Autres symboles cosmogoniques : le Soleil et la Lune, dont la création est décrite dans la Genèse et qui « gouvernent le jour et la nuit ». Ils apparaissent souvent représentés de part et d’autre du delta rayonnant, encadrant la journée de travail maçonnique, « de midi à minuit ».

5 Le temple de Salomon
Salomon fait construire le temple de Jérusalem, in Flavius Josèphe, Les Antiquités judaïques, Paris, vers 1415-1420 et Tours, vers 1470. Le lieu de réunion des francs-maçons ? Un « temple », du moins à partir du second tiers du XVIIIe siècle. Son origine symbolique : le temple de Salomon – ce roi de l’Ancien Testament à qui Dieu a donné « une sagesse et une intelligence extrêmement grande et un cœur aussi vaste que le sable qui est au bord de la mer », lit-on dans le premier livre des Rois. Voilà qui plaît d’autant plus aux maçons que les textes sacrés décrivant la construction du Temple foisonnent de détails techniques d’une grande précision, des dimensions de l’édifice aux divers matériaux employés dans les différentes parties du monument. Les représentations maçonniques du temple de Salomon reprennent ainsi des éléments de sa description biblique – à l’instar des deux colonnes encadrant l’entrée, que doit franchir le profane pour devenir initié [voir le tableau de loge]. Les premiers francs-maçons, dont certains se proclament descendants des « bâtisseurs de cathédrales » du Moyen Âge, entreprennent en effet la reconstruction symbolique de ce temple qui témoigne de l’alliance de Dieu et des hommes. Quand le symbole se laïcisera à la suite des Lumières, l’accent sera mis sur l’entreprise maçonnique de reconstruction de l’humanité.

« La Franc-maçonnerie »

Jusqu’au 24 juillet. BnF François-Mitterrand, quai François-Mauriac, Paris-13e. Tarifs : 9 et 7 €. Commissaires : Sylvie Bourel, Pierre Mollier et Laurent Portes. www.bnf.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°690 du 1 mai 2016, avec le titre suivant : Les signes de la franc-maçonnerie

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