Dimanche 25 février 2018

Les ratages de Pierrick Sorin

L'ŒIL

Le 31 juillet 2008

Après la Biennale de Sao Paulo où il représentait la France, et quelques mois avant la grande rétrospective qui lui sera consacrée au Centro Reina Sofia de Madrid, Pierrick Sorin propose une sélection de son travail des dix dernières années au Théâtre de Cherbourg ainsi qu’une nouvelle pièce L’homme qui a perdu ses clefs au FRAC Basse-Normandie. Pierrick Sorin réalise de petits sketches vidéos qui mettent en scène « les actes quotidiens d’un individu qui, comme tout le monde, se réveille le matin, parle, chante, défèque et, par ailleurs s’interroge sur la création. » Construit sur des trames narratives très simples, ces autofilmages le représentent dans des situations comiques et tragiques à la fois : travesti en femme, il s’excite sur son entrejambe grâce à un savant dispositif vidéo. Dans une autre pièce, il interprète un à un les personnages d’une discothèque de pacotille qu’il recrée dans son petit appartement. C’est dans ce comique d’opérette, dans cette habile déconstruction de nos comportements latents que naît notre hilarité. Mais il est également possible que celle-ci résulte plus simplement d’une collision entre un art que l’on jugerait dérisoire et la force d’un propos qui justement nie cette dérision. « De toute façon au départ, je sentais bien que j’allais pas faire grand-chose d’intéressant. » Ce travail s’apparente à la création d’un véritable personnage burlesque aux aventures intimes multiples. L’homme burlesque est individualiste, indépendant et surtout autarcique. La sauvegarde continuelle de son individualité semble être sa principale préoccupation. Les actes de Pierrick Sorin, les situations, les gags s’inscrivent dans un temps qui réaffirme l’absurdité du monde et de l’existence. Le pire reste toujours à venir. Son personnage est toujours confronté à des ratages, des malaises, des angoisses, la solitude, le scepticisme ou le défaitisme. Pierrick Sorin ne cesse de développer la figure de l’homme contemporain, c’est-à-dire de l’homme confronté comme jamais au réel, aux objets, aux êtres et à ses désirs inassouvis.

CAEN, FRAC Basse-Normandie, jusqu’au 25 avril.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°505 du 1 avril 1999, avec le titre suivant : Les ratages de Pierrick Sorin

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