Dimanche 21 octobre 2018

Espace privé

Les Picasso de Jacqueline

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 9 janvier 2004 - 564 mots

Avec une exposition Picasso tape-à-l’œil, la Pinacothèque fait une entrée remarquée sur la scène culturelle parisienne.

 PARIS - La Pinacothèque de Paris, nouveau lieu dédié à l’art installé dans l’ancien Musée de la cristallerie Baccarat, a ouvert ses portes avec une exposition consacrée à la collection de Jacqueline Picasso (1926-1986), seconde épouse de l’artiste. Un ensemble de 90 tableaux, dessins, collages et sculptures, agencés selon une scénographie des plus tape-à-l’œil : accrochage très bas, cadres uniformisés, moquette orange et cimaises destructurées aux couleurs criardes, censées évoquer un « éclairage méditerranéen du soir, au moment où les roses et les ocres dominent », explique Marc Restellini, directeur de l’espace et commissaire de l’exposition. Ce dernier est déjà l’auteur des spectaculaires (mais non moins controversées) expositions « Raphaël » ou « Modigliani » (lire les JdA n° 135, 26 octobre 2001 et n° 155, 27 septembre 2002) au Musée du Luxembourg, à Paris, dont il a été le directeur artistique de 2000 à 2003. « Nous souhaitons que la Pinacothèque soit un lieu autonome et fiable. Il s’agit de la gestion privée d’un lieu privé ; les expositions doivent être rentables », déclare-t-il. « En France, une vieille tradition jacobine veut que la culture ne soit trop souvent que l’émanation de l’État ou de la Cité, mentionne le commissaire dans le dossier de presse. Malheureusement, la pratique a montré que les structures publiques deviennent souvent lourdes à gérer […]. Je pense, sincèrement, que ce style d’initiative privée peut avoir un sens et représenter un avenir pour la politique culturelle internationale ». Quant au projet scientifique du lieu, rien n’est encore vraiment défini et, de toute façon, la Pinacothèque se veut « généraliste ». « À Paris, on souffrait d’une trop grande spécialisation des musées. Ce lieu sera ouvert à toutes les disciplines, de l’art contemporain à l’archéologie », précise Marc Restellini. Des travaux d’aménagement intérieur, prévus d’avril 2003 à l’automne 2004, devraient permettre de déployer, sur 4 000 m2 (répartis sur deux étages), d’autres expositions temporaires ainsi que les futures collections permanentes de la Pinacothèque, des ensembles privés déposés à long terme. Une entreprise ambitieuse, donc, dans la droite ligne des manifestations culturelles « qui rapportent ». La vocation première de la Pinacothèque, affirme son directeur, est de montrer « des œuvres d’art rarement ou jamais exposées ». Ainsi des nombreux portraits de Jacqueline, ou œuvres que Picasso lui a offerts : Madame Z (1954), comme la surnommait le peintre au début de leur liaison (car la jeune femme habitait la villa Le Ziquet à Antibes), une toile qui révèle la beauté sculpturale de Jacqueline, le Portrait de Jacqueline au rocking-chair et foulard noir (1954), en haut duquel l’artiste a inscrit « Pour Jacqueline/aimée », ou encore Visage de femme (1962), une variation de Femme assise au chapeau jaune et vert, laquelle inaugure une série d’environ 70 portraits de la muse tous réalisés la même année. Beaucoup de tableaux présentés datent des années 1960-1970, ainsi ce Personnage de face sur fond bleu (1965), Torero à la résille (II), réalisé en 1970, et Femme assise (1971). Des œuvres qui sont loin de compter parmi les meilleures de l’artiste...

PICASSO INTIME – LA COLLECTION DE JACQUELINE

Jusqu’au 28 mars, Pinacothèque de Paris, 30 bis rue de Paradis, 75010 Paris, tél. 01 43 25 71 41, www.pinacotheque.com, tlj 10h-19h, et 22h30 lundi et vendredi. Catalogue, éditions Skira, 266 p., 35 euros.

Dans les petits papiers de Picasso

« Picasso ne jette rien. La poussière, comme le reste, vieilles enveloppes, morceaux de papier appartiennent à ses richesses », notait Geneviève Laporte, la dernière compagne de l’artiste. Parallèlement à la Pinacothèque, le Musée Picasso, à Paris (jusqu’au 19 janvier, tél. 01 42 71 25 21), s’est intéressé aux archives du peintre, lequel affirmait : « On est ce que l’on garde ! » Des milliers de lettres, cartes postales, billets d’entrée pour le cinéma ou les musées, cartes de visite, dessins, listes d’œuvres et documents en tout genre évoquent les choix esthétiques de Picasso, ses relations avec les autres créateurs et le milieu artistique, ses espoirs, ses craintes, sa passion pour le cirque, la boxe ou la corrida. « Je ne vous aime pas. Mais vous êtes un grand peintre pour des siècles », lui déclare dans une lettre (1920) Marie Laurencin, tandis que Miró lui écrit en 1925 : « Je ne vous ai presque pas vu cet hiver. Breton et mes amis m’ont beaucoup parlé d’un grand tableau que vous avez fait ; il paraît que c’est une chose inouïe » – il s’agit ici probablement de La Danse, réalisée la même année. La manifestation et le catalogue (éditions RMN, 350 p., 65 euros) qui l’accompagne témoignent du délicat travail des conservateurs du musée et des spécialistes du Centre historique des Archives nationales, chargés de classer et d’inventorier ce fonds d’une incroyable richesse.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°184 du 9 janvier 2004, avec le titre suivant : Les Picasso de Jacqueline

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