Les métamorphoses de l’homme paré

L'ŒIL

Le 1 janvier 2006

Entre parcours historique et incursions contemporaines, « L’Homme paré » rend compte de trois siècles de mode mas­culine. Des pièces magnifiques dans une scénographie trop sage.

L ’Homme paré » est sans doute l’une des premières expositions à proposer un aussi vaste panorama de la mode masculine, depuis le XVIIe siècle jusqu’à nos jours. Partant du principe qu’au départ c’est l’homme qui se pare, avant que la femme ne devienne, durant deux siècles, l’incarnation de l’élégance, le propos est de se concentrer sur l’évolution de l’ornement du costume masculin.
L’exposition s’intéresse à ce dernier depuis le règne de Louis XIV, à travers plus de 300 vêtements anciens et contemporains, auxquels s’ajoutent des documents, des accessoires, des albums d’échantillons, des tableaux, des gravures, des photographies et des extraits vidéo de défilés.
Tout commence avec la naissance et l’évolution de l’habit à la française – justaucorps, veste et culotte –, particulièrement à la mode au temps du Roi Soleil. Il évolue au siècle des Lumières – l’exposition organisée au musée Galliera en 2005, « Modes en miroir », proposait un magnifique ensemble de costumes du XVIIIe siècle, cf. L’Œil n° 570 – pour devenir l’emblème de la parure aristocratique. Les soies sont d’une exceptionnelle variété, et les broderies d’une grande finesse. L’influence de l’Angleterre au cours des années 1760-1770 porte le costume vers une sobriété nouvelle.
La seconde partie de l’exposition met en perspective cette évolution anglaise. L’habit à la française va peu à peu donner naissance à la redingote, à la jaquette, au frac, au veston, jusqu’au smoking d’aujourd’hui. À la fin du xviiie siècle – et durant le siècle suivant –, les parures, gilets et tenues d’intérieur prennent de l’importance. Le complet veston – héritier du justaucorps – domine la mode longtemps, prenant son plein essor sous le Second Empire où il est cependant considéré comme une tenue négligée.

Contrepoints anachroniques
Au milieu du xxe siècle (vers 1960), des créateurs comme Cardin (1922) et Courrèges (1923), puis la génération de Thierry Mugler (1961), Jean Paul Gaultier (1952) ou John Galliano (1960), cherchent à retrouver quelque chose du faste du siècle du dandysme, le xviiie siècle restant l’âge d’or du costume masculin.
L’exposition se joue des époques en parsemant le parcours historique de pièces contemporaines qui agissent comme de petits contrepoints anachroniques. Des incursions que l’on aurait voulu plus nombreuses pour donner vie et actualité à un ensemble de costumes superbes, mais présentés d’une manière souvent figée. La scénographie manque de surprises, de ruptures, de fantaisie ; faute à l’espace même du musée et à ses vitrines immuables, qui laissent en définitive peu de liberté au scénographe Jean-François Dingjian.

Repères

XVIIe Naissance de l’habit à la française. Mis à la mode durant le règne de Louis XIV, il deviendra l’emblème de la parure aristocratique au siècle des Lumières. Régence Apparition de la redingote, de la jaquette et du veston. 1760-1770 Le costume masculin se fait plus sobre, plus simple, sous l’influence de la mode anglaise. XIXe Le temps du romantisme est aussi celui du costume noir. Le vêtement masculin tend vers l’uniforme, avec peu d’innovations. Années 1960 Les créateurs s’intéressent à nouveau à la parure, renouant avec le faste et l’inventivité pour donner à l’homme un éclat nouveau.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°576 du 1 janvier 2006, avec le titre suivant : Les métamorphoses de l’homme paré

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