Les Champs de la sculpture, deuxième édition

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 septembre 1999

Bis repetita placent... Le succès populaire de l’opération « Les Champs de la sculpture », imaginée par la Ville de Paris en 1996, l’a tout naturellement conduit à vouloir réitérer. S’il n’est pas certain que les trottoirs des Champs-Elysées soient par nature le lieu le plus adapté à la présentation des œuvres de différents sculpteurs, force est de reconnaître que ce fut là une occasion pour le plus grand nombre d’y accéder. Ainsi donc, dans une époque dont le système de valeurs passe tout d’abord par l’audimat, voilà que l’on se trouve contraint de composer avec ce qui en fait la force. La question que l’on peut se poser est de savoir s’il faut passer outre telle considération ou, au contraire, si l’on doit chercher à la combattre. Le mérite d’une opération comme celle-ci réside dans cette volonté d’aller vers les gens, à leur rencontre, en quelque sorte, et cela peut suffire pour accepter les travers conceptuels. Après avoir balayé largement l’histoire d’une sculpture européenne, de Rodin jusqu’aux années 60, la seconde (deuxième ?) version de l’opération se propose d’arpenter les trente dernières années du siècle à l’échelle élargie des cinq continents. C’est dire l’ambition du nouveau cru qui rassemble les œuvres de 50 artistes venus des quatre coins de la planète, de l’Allemand Balkenhol à l’Africain du sud Younge, en passant par l’Indien Jamwal, le Japonais Nishikawa que l’on retrouve au même moment chez son marchand Philippe Casini, l’Américaine Stockholder, le Chinois Wang... Une opération qui se présente comme un effet boomerang de la mémorable exposition des « Magiciens de la Terre ». Si Fernand Braudel, en son temps, affirmait que la France était diversité, voilà que la Ville de Paris peut reprendre à son compte la formule et augurer de son esprit d’ouverture à la veille du nouveau millénaire. Rien n’est indiscutablement plus prospectif, et l’on veut croire que l’art contemporain y trouve l’occasion d’une attention, sinon d’une curiosité, pourquoi pas, d’un véritable intérêt. Cela est d’autant plus possible que les œuvres réunies l’ont été avec ce soin d’exciter la curiosité des passants en mettant volontiers l’accent sur des travaux spectaculaires au meilleur sens du terme. L’art dans la rue relève d’une approche spécifique qui tient compte de toutes sortes de données contextuelles et les artistes qui s’y confrontent savent ce qu’il en est du débat qui les attend. C’est ce qui ressortira de celui-ci, qui fondera indéniablement le succès ou non des « Champs de la sculpture » version 1999.

Champs-Elysées, jusqu’au 14 novembre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°509 du 1 septembre 1999, avec le titre suivant : Les Champs de la sculpture, deuxième édition

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