Les artistes et les galeries

L'actualité de l'art contemporain

Le Journal des Arts

Le 5 novembre 2009

BELGIQUE : LENTE MATURATION

- Chez Xavier Hufkens, les œuvres de Louise Bourgeois prennent possession de l’univers minimaliste de la galerie pour évoquer l’insatiable recherche d’une émotion qui serait connaissance de soi. La douzaine de sculptures exposées permet de retracer l’itinéraire atypique de l’artiste depuis son Persistent Antagonism de 1946-1948. La dimension symbolique de l’œuvre se révèle à travers la résonance biographique de chaque objet. Aux cimaises, les dessins témoignent de la genèse des formes dans la lente maturation d’une sensation qui, peu à peu, explore la trace d’un passé ou d’une expérience. Le dessin évolue vers la signification tandis que l’objet se réalise dans une présence singulière
Galerie Xavier Hufkens, 8 rue Saint-Georges, 1050 Bruxelles, jusqu’au 22 février.

- Aux cimaises de la Fondation pour l’art belge contemporain de Serge Goyens de Heusch, Luc Van Malderen livre une rétrospective de trente années de travail graphique. La lisibilité du message et les codes de communication visuelle par­ticipent d’une même mise en évidence du sens à travers un signe de plus en plus présent. Le graphiste se fait alors plasticien. L’espace devient lui-même signi­fication, l’image gagne en archi­tecture. Aux formes dépouil­lées comme les lettres d’un alphabet, Van Malderen substitue des figures en constante trans­formation. La lisibilité devient ludique et la signification se fait multiple
Fondation pour l’Art belge contemporain, cité Fontainas, 1060 Bruxelles, jusqu’au 11 janvier.

- La galerie Arets rend hommage à un des artistes majeurs de l’art moderne en Belgique. Les œuvres de Joseph Lacasse ici réunies témoignent d’une évolution que d’aucuns ont voulu qualifier de non-figurative avant la lettre. Cubiste convaincu, Lacasse préfère le synthétisme à l’ana­lytisme. Il architecture la compo­sition en grands plans aux cou­leurs vives et à la texture affir­mée. Abstrait, Lacasse l’a été sans plus de conviction, lorsque peignant ses cailloux, il rendait à la nature le charme de ses inventions plastiques. L’œil de Lacasse a sans doute abstrait du spectacle un ordre plastique que le pastel restituait en poussière de lumière. Il n’en reste pas moins un artiste de qualité au parcours personnel.
Galerie Arets, 7-9 rue de Rollebeek, 1000 Bruxelles, jusqu’au 30 janvier.

- Alors que le Musée des beaux-arts de Charleroi rend hommage à Victor Vasarely en le mettant en situation au milieu de tenants de l’Op’Art, mais aussi de l’abstraction géométrique la plus radicale, la galerie Éphémère présente une confrontation entre quatre artistes intéressés par des questions inhérentes au travail de Vasarely : le déploiement des formes dans l’espace, l’intégration du regard comme une donnée structurante de l’œuvre, les dialogues des pleins et des vides, les fausses évidences visuelles... Francis Dusepulchre, Dubreuil, Jean-Pierre Maury et Francis Olin témoignent de la monumentalité de cette veine construite, qui fait de l’image l’expérience de la peinture à travers ses entités fonda­mentales : une littéralité non dénuée de poésie et de sensibilité.
Galerie Éphémère, 33 Place du Try, 6110 Montigny-le-Tilleul, jusqu’au 19 janvier.

Après les sculptures, chez Baronian, Michel Frère expose chez Velge & Noirhomme une importante suite de peintures récentes. L’artiste a évolué, délaissant le traitement tradi­tionnel de la matière. Aux parois impénétrables hérissées par une facture acérée a succédé un geste ample, qui confère désormais aux matières une continuité dans l’espace. Frère donne à la couleur une puissance vitale agissant comme un flux. Les papiers marouflés exposés à Bruxelles témoignent d’une recherche contemporaine : le peintre est touché par la question des limites mêmes de l’image, comme si le mouvement des pâtes étalées restait conditionné par cette étendue dont la résistance le stimule . Expérience de la limite, la peinture se révèle ainsi par rapport à la surface qui l’accueille. Les stries deviennent des strates, tandis que les couleurs super­posées résistent pour ne pas se fondre en un même magma brun. D’un coup d’arrêt, d’un geste serré, le peintre libère la couleur em­prisonnée sous les couches superposées à l’infini. Ici un jaune jaillit, lumineux, là un bleu semble nier la disposition des tons entre chaud et froid. L’image se révèle dans son processus. Celui-ci affecte la mémoire et ravive tantôt un paysage, tantôt un sentiment d’espace avec son apesanteur et son horizontalité. Dans ce parcours luxuriant, un faible cependant pour l’huile sur verre qui témoigne d’une sauvagerie intacte.
Galerie Velge & Noirhomme, 17 rue de la Régence, 1000 Bruxelles, jusqu’au 11 janvier.

PARIS : LA PEINTURE NE TOMBE PAS DU CIEL

- Claude Rutault a réalisé depuis une di­zaine d’années une série d’œuvres autour de Pous­­sin, de Vermeer ou des frères Le Nain, dont le titre est en lui-même tout un pro­gram­me : "La peinture ne tombe pas du ciel". Les pièces pré­sentées rue de Varenne seront spé­cia­lement conçues pour cette an­cienne boutique d’anti­qui­­tés devenue, tout ré­cem­ment, galerie d’art contem­porain.
Galerie Martine et Thibault de La Chatre, éditions GDL., 36 rue de Varenne, 75007 Paris, tél. 01 45 48 82 99, du 21 janvier au 28 février.

- Gerhard Richter présente à la galerie Marian Goodman une scuplture réalisée en 1971 avec la collaboration de Blinky Palermo. Deux têtes, les yeux fermés, se font face dans une étrange com­mu­nication cérébrale. Une série d’œuvres sur papier de l’artiste allemand complète cette pré­sentation.
Galerie Marian Goodman, 7 rue Debelleyme, 75003 Paris, tél. 01 48 04 70 52, jusqu’au 25 janvier.

- Après avoir été exposées au Musée de Grenoble, huit œuvres de Robert Morris, dont Sigma, sont présentées à Paris à la galerie Piltzer. L’occasion de voir ou de revoir les peintures de l’artiste américain, mort en 1962.
Galerie Piltzer, 16 avenue Matignon, 75008 Paris, tél. 01 43 59 90 07, jusqu’au 22 février.

- Après la rétrospective de ses vidéos au Musée d’art moderne de la Ville de Paris, Nigel Rolfe expose à la galerie Polaris de nouvelles photographies réalisées en 1996. L’Irlande est ici encore le thème central de ses travaux, qui révèlent avec beaucoup d’acuité la violence qui règne dans ce pays.
Galerie Polaris, 8 rue Saint-Claude, 75003 Paris, tél. 01 42 72 21 27, du 11 janvier au 8 février

- Andres Serrano affirmait en 1991 : "Le sexe et la religion ont une étrange connexion avec le rituel et cela m’excite beaucoup". Les photographies de l’artiste américain dévoilent ici un sexe, là un sein, mettant le spectateur en posture de voyeur, transposant le fantasme dans la réalité même.
Galerie Yvon Lambert, 108 rue Vieille-du-Temple, 75003 Paris, tél. 01 42 71 09 33, du 11 janvier à fin février.

- Les deux artistes Aziz Cucher travaillent ensemble depuis 1990 et vivent actuellement à San Francisco. Leurs images trans­formées par ordinateur ou les natures mortes d’objets orga­niques couleur chair, mais sans fonction connue, forment un univers à la fois mystérieux et inquiétant. Ces personnages sans expression sont à découvrir à l’Espace d’art Yvonamor Palix.
Espace d’art Yvonamor Palix, 13 rue Keller, 75011 Paris, tél. 01 48 06 36 70, jusqu’au 18 janvier.

- L’intarissable Ben a centré le propos de son exposition pari­sienne sur l’importance et la non importance, dans un esprit hu­moristique qui n’est pas étranger au mouvement Fluxus. Une succession de propos définitifs ou invitant au débat sont à découvrir chez Lara Vinci.
Lara Vinci, 47 rue de Seine, 75006 Paris, tél. 01 43 26 72 51, jusqu’au 31 janvier.

- Le groupe BP, chantre de la graisse automobile et des fûts métalliques, pré­sente une série de huit dessins sur pa­pier de grand format qui repro­duisent le contour des acciden­tés de la route tel qu’il est effectué par les services de police sur la chaussée. Pour rester dans l’am­biance mécanique, ces sil­houet­tes sont noircies à l’huile de vidange.
Galerie Louis Carré & Cie, 10 avenue de Messine, 75008 Paris, tél. 01 45 62 57 07, du 16 janvier au 1er mars.

- Saverio Lucariello se met en scène dans ses photographies, images absurdes, humoristiques, aux propos parfois volon­tai­rement déplacés. La série des Choses en soi montre ainsi l’ar­tiste pris soudainement d’une grande affection pour des objets de la vie quotidienne, caisses en plastique et autres pots de chambre.
Galerie Georges-Philippe Vallois, 38 rue de Seine, 75006 Paris, tél. 01 46 34 61 07, du 30 janvier au 15 mars.

Richard Hamilton, l’un des fondateurs du Pop Art anglais dans les années soixante, est présent sur la scène internationale depuis près de quarante ans. Pourtant, s’il a exposé dans les plus grands musées du monde et a représenté la Grande-Bretagne lors de la Biennale de Venise en 1993, son œuvre a été très peu montrée en France. L’exposition organisée par la galerie Froment & Putman est en ce sens un événement. Elle s’articule autour de neuf autoportraits. L’artiste a commencé à se photographier lui-même au Polaroïd en 1968 : pour ces images, il plaçait une plaque de verre entre l’objectif et son visage avant d’appliquer une couche de peinture sur la vitre. En 1989, il a repris ces photographies, les a retouchées à la palette graphique, puis en a tiré de grands cibachromes sur toile dont quelques-uns sont présentés ici. L’exposition évoque ensuite le travail en commun avec Francis Bacon, qui fit plusieurs portraits au Polaroïd d’Hamilton. Ce dernier les a ensuite reproduits tout en conservant le style du peintre. En fin de parcours, la galerie expose The Ghost of UFA, issu d’une photographie originale provenant des archives de la société de production de cinéma allemande fondée en 1918. Cette peinture est retravaillée sur ordinateur, une pratique courante chez Hamilton depuis 1984.
Galerie Froment & Putman, 33 rue Charlot, 75003 Paris, tél. 01 42 76 03 50, mar.-ven. 10h-13h, 14h30-19h, sam. 10h-19h, jusqu’au 25 janvier.

NEW YORK : AGNES MARTIN REVIENT AU JAUNE

L’exposition de Magdalena Abakanowicz, qui ouvre le 15 janvier à la Marlborough  Gallery, ne devrait pas décevoir ceux qui s’attendent à un choc, comme c’est habituellement le cas lors de ses manifestations new-yorkaises. Cette fois, le célèbre sculpteur, qui vit et travaille à Varsovie, présente ses Mutants, un nouveau cycle de sculptures animales. Les créatures à quatre pattes, grandes et élancées, constituées de toile et de métal, n’évoquent pas une espèce en particulier, mais font plutôt penser à des éléphants, des rhinocéros et des ours (jusqu’au 11 février). Les nouvelles peintures de l’artiste américaine Agnes Martin sont à voir chez PaceWildenstein du 16 janvier au 15 février. "Elles sont magnifiques. Agnes Martin revient à sa palette jaune, celle qui avait disparu de son travail depuis plus de douze ans", précise Douglas Baxter, le directeur de la galerie.
"Nous avons réalisé que nous avions quelques bonnes pièces et que la Californie était leur point commun", explique le galeriste Richard York à propos de l’exposition "California". Ce tour d’horizon de cent quarante ans de peintures, sculptures et arts décoratifs produits sous le soleil de cet État est présenté jusqu’au 10 janvier. Une première pour New York, l’exposition rassemble des impressionnistes américains du tournant du siècle comme Robert Reid et Theodore Wores, des modernistes américains du début du XXe siècle tels Marsden Hartley et Ralston Crawford, et des artistes contemporains comme l’Anglais David Hockney, fan du Sud californien.

Des paysages aériens
Beacon Hill Fine Art présente, en collaboration avec le marchand new-yorkais Jill Newhouse, une remarquable exposition William Trost Richards, peintre américain du XIXe siècle renommé pour ses marines, ses paysages, ses aquarelles et ses dessins. Selon Debra Force, la directrice de Beacon Hill, la plupart des œuvres exposées, qui couvrent cinquante ans d’activité, entre 1850 et 1904, n’ont jamais été montrées au public et se trouvaient dans la collection de la famille de l’artiste. Sa manière se révèle dans ses dessins de Stonehenge, ses aquarelles des côtes de la Cornouaille anglaise et de la campagne suisse.
Les nouvelles peintures de Sue Williams, qui participera à la Biennale du Whitney en 1997, mettent en scène des personnages musclés se fondant dans des paysages aériens. Elles constituent l’exposition inaugurale du nouvel espace de la 303 Gallery à Chelsea (jusqu’au 12 janvier). La Jessica Fredericks Gallery rend hommage à Robert Overby, avec un éventail d’œuvres du début des années soixante-dix jusqu’au milieu des années quatre-vingt, utilisant latex et peinture (également jusqu’au 12 janvier), tandis que la galerie Andrea Rosen présente pour la première fois à New York un rideau de grande dimension signé Felix Gonzalez-Torres.
Première exposition à New York, chez TZ’Art & Co, des print projects de cinq artistes britanniques, Angus Fairhurst, Peter Doig, Longlands & Bell, Chris Ofill et Marc Quinn, publiés à Londres par Paragon Press (jusqu’au 11 janvier).
Enfin, en photographie, Robert Frank montre du 16 janvier au 22 février, à la galerie Pace­Wilden­stein­MacGill, des Vintage des années cinquante ayant pour thème les Parisiens et les fleurs.

SUISSE : PARADIS IMAGINAIRES

- Peter Hutchinson a été l’un des protagonistes du Land Art dans les années soixante-dix avant de retourner travailler en atelier. Aujourd’hui, ses œuvres compor­tent toujours une touche ludique, à l’image de l’alphabet réalisé en 1993 qui combinait texte et image pour former des définitions. La galerie Blancpain Stepczynski expose des collages de photographies de paysages et d’oiseaux, prises sous différents climats et repeintes par endroits. Ces paradis imaginaires associent ainsi des éléments éton­nants, à l’image de flamants roses traversant un paysage enneigé.
Galerie Blancpain Stepczynski, 16bis boulevard Helvétique, 1207 Genève, tél. (41) 22 735 10 10, jusqu’au 15 février.

- Roland Herzog présente sa deuxième exposition personnelle à la galerie Analix. Cet artiste a longtemps porté un regard très narcissique sur lui-même, avant de comprendre que cette démarche débouchait sur une impasse. Dorénavant, l’important pour lui se trouve à la périphérie et non plus nécessairement au centre. Herzog cherche ainsi à écarter volon­tairement le spectateur de l’évi­dence. Un rideau percé d’astres lumineux, une réflexion sur l’espace infini et intime carac­térisent la pièce présentée, Stiche im Mantel des Nacht.
Galerie Analix, B & L Polla, 25 rue de l’Arquebuse, 1204 Genève, tél. (41) 22 329 17 09, jusqu’au 17 janvier.

- "Medien-Kunstwerke" est le titre de l’exposition de groupe proposée par la galerie Stampa, pionnière de l’art vidéo en Suisse. Les artistes s’approprient au­jourd’hui un grand nombre de techniques d’expres­sion : cinéma, photo­graphie, installation, cédé­rom, ordinateur, vidéo, son, disque..., et l’exposition pose la question de la présentation et de l’intégration de ces médias dans le domaine artistique. Les travaux d’une trentaine d’artistes sont présentés, parmi lesquels Roman Signer, Sarkis, Pipilotti Rist, Tony Oursler, Valie Export, Laurie Anderson, Klaus vom Bruch ou Hanne Darboven.
Galerie Stampa, Spalenberg 2, 4051 Bâle, tél. (41) 61 261 79 10, jusqu’au 1er mars.

- Sylvie Fleury expose à la galerie Martin Krebs en compa­gnie de Claudia & Julia Müller, sous le titre évocateur de "Trois femmes, deux mondes". L’artiste genevoise s’est dis­tinguée depuis le début des années quatre-vingt-dix en détournant le discours des années quatre-vingt sur la consommation et les relations tissées entre la publicité et l’art. Son travail, intimement lié au monde de la mode, s’attache à des objets tels que les sacs des boutiques de luxe ou les boîtes de Slim Fast. L’univers des sœurs Müller est plus feutré, invitant à la réflexion et à la méditation. Les installations de ces deux jeunes artistes bâloises intègrent des portraits dessinés de leurs amis, saisis dans des moments d’absence.
Galerie Martin Krebs, Münstergasse 43, 3011 Berne, tél. (41) 31 311 73 70, 16 janvier-22 février.

- La galerie Peter Kilchmann présente pour la deuxième fois les photographies de John Coplans. Dès 1978, l’artiste américain s’est mis à photographier son propre corps en autodidacte et de façon tout à fait spontanée, mais la première des deux séries de pièces montrées à Zurich relève d’une démarche commencée en 1984. Self Portrait Frieze est constituée de diptyques et de triptyques d’autoportraits volontairement centrés sur les parties de son corps, vu de face, de dos ou de côté, en évitant toujours le visage. La seconde partie de l’exposition, Upside Down , se concentre au contraire sur la tête de l’artiste. Ces grands formats en noir et blanc révèlent le corps flasque de cet homme aujourd’hui âgé de soixante-quinze ans, "rongé par soixante ans de bière et de nicotine." Mais comme le précise l’artiste, "mes photos n’ont pas la volonté d’éveiller de la compassion". John Coplans a un parcours étonnant. Né à Londres en 1920, il grandit en Angleterre puis en Afrique du Sud. À 16 ans, il s’engage dans l’armée et combat pendant la Seconde Guerre mondiale en Afrique et en Asie. Démobilisé en 1946, il habite à Londres, puis à Paris, avant d’émigrer en 1960 à San Francisco. Co-fondateur en 1962 de la revue Artforum, il devient critique d’art et enseigne à l’université de Berkeley. Il dirige successivement plusieurs musées et organise des expositions, dont la rétrospective Donald Judd de 1971. Il a également publié divers ouvrages, notamment une monographie sur l’œuvre d’Ellsworth Kelly (1973).
Galerie Peter Kilchmann, Limmat­strasse 270, 8005 Zurich, tél. (41) 1 440 39 31, jusqu’au 10 janvier.

ITALIE : ENSEIGNANTS ET PROFESSEURS

La foire qui se tiendra à Turin du 11 janvier au 11 février devrait redonner du tonus au marché : douze galeries inaugureront en même temps une série d’expositions. Le thème, cette année, est "enseignants/professeurs d’hier et d’aujourd’hui de l’Académie Albertina des beaux-arts de Turin", et réunit des artistes de renom comme Filippo Scroppo, un représentant de l’art abstrait italien, à la galerie Area, tandis que les sculpteurs Giacomo Manzù et Umberto Mastroianni sont exposés respectivement chez Narciso et chez Biasutti. La galerie Bussola consa­cre une exposition à l’École des techniques de gravure de l’Aca­démie turinoise, l’une des plus prestigieuses d’Italie. Elle retrace son histoire du XIXe siècle (Porporati et Lauro) à nos jours, avec Mario Calandri, l’artiste abstrait Francesco Franco et le figuratif Vincenzo Gatti.

Hologrammes et harmonie
Naples, à qui revient la première place pour la qualité des expositions présentées dans ses galeries en 1996, semble vouloir conforter sa position cette année. Parmi les nombreuses expositions intéressantes proposées jusqu’à la fin janvier, les hologrammes de Mat Collishaw chez Raucci et Santa­maria, et sept sculptures de Mimmo Paladino, l’un des protagonistes de la Trans-avant-garde, chez Scognamiglio et Teano :  chacune des sculptures, réalisée dans l’argile noire qu’utilisaient les Étrusques, comprend une am­poule de couleur différente et, toutes ensembles, elles émettent un son qui constitue le mot "harmonie", composé justement de sept lettres.

Les pensées de Tony Cragg
À Milan, la galerie du Credito Valtellinese présente une rétrospective Max Ernst jusqu’au 9 février, regroupant quatre-vingts œuvres – peintures, collages, dessins et "frottages" – provenant de collections publiques et privées.
La galerie Karsten Greve accueille jusqu’au 22 janvier des œuvres sur papier de Tony Cragg, des "pensées" et des études préparatoires à ses sculptures.

LONDRES : NATURE OMNIPRÉSENTE NATURE

- Anselm Kiefer a quitté l’Allemagne en 1991, peu de temps après la réunification de son pays. Il a ensuite parcouru le monde pendant deux ans, avant de s’installer dans une usine désaf­fectée de Barjac, près de Mont­pellier. Cette période char­nière de sa vie se reflète dans les peintures récentes présentées à Londres. Ses œuvres sont toujours de format important, les plus grandes étant d’ailleurs exposées à la South London Gallery. Apparus dans les années 90, les tournesols y tiennent un rôle central, comme dans les livres et les bois gravés de l’artiste.
Anthony d’Offay Gallery, 1 Dering Street, Londres, tél. (44) 171 499 4100, jusqu’au 15 février.
South London Gallery, 65 Peckham Road, Londres, tél. (44) 171 703 61 20, jusqu’au 9 février.

- En analysant sur le mode scientifique la flore et la faune, Mark Dion montre que notre perception de la nature est souvent, sur bien des points, étrangère à nous-mêmes. Le projet montré ici, Trophies & Souvenirs, a été réalisé à l’origine à Fribourg, en Suisse. Pour la pièce Unseen Fribourg, l’artiste a prélevé aux portes de la ville un morceau de terre d’un mètre carré et de quarante centimètre de profondeur. Il a ensuite photo­graphié pendant trois jours la vie de tous les insectes qu’il contenait. Trois cents photo­graphies noir et blanc en résultent. Mark Dion a également analysé un autre morceau de terre, mais provenant cette fois d’un terrain situé à l’intérieur de l’enceinte urbaine. Les détritus et objets divers qu’il renfermait sont un témoignage de l’activité humaine des Fribourgeois. Mais en agissant ainsi, Mark Dion met en lumière l’acte d’analyse lui-même.
London Projects, 47 Frith Street, Londres, tél. (44) 171 734 1723, 18 janvier-1er mars.

- Depuis près de six ans, Gillian Wearing essaye de saisir les pensées et de capter des tranches de vie des Londoniens, que ce soit par la photographie, la vidéo ou l’enregistrement sonore. Pour le projet exposé chez Interim Art, l’artiste est retournée voir des personnes qu’elle avait déjà rencontrées et qui lui avaient livré leurs pensées, leurs rêves ou leurs désirs. Elle leur a demandé de s’exprimer sur la période écoulée depuis leur première rencontre, puis de faire une projection pour les années qui nous séparent de l’an 2000. L’exposition présente les do­cuments – lettres et photo­gra­phies – issus de cet échange.
Interim Art, 21 Beck Road, Londres, tél. (44) 171 254 9607, 4-27 janvier.

- John McCracken a joué un rôle moteur dans l’émergence du Minimalisme dans les années soixante. Mais alors que les autres protagonistes du mouvement résidaient à New York, c’est à Los Angeles que McCracken a développé son œuvre, où la couleur joue un rôle central. L’exposition illustre toutes les étapes de la carrière de l’artiste. Ses derniers travaux représentent un certain d’aboutissement et, en même temps, éclairent d’un jour nouveau ses premières œuvres, dépassant les frontières du temps et de l’espace : ainsi les pièces datées 1965-1996 ont été conçues dans les années soixante pour n’être réalisées physiquement que l’an dernier.
Lisson Gallery, 67 Lisson Street, Londres, tél. (44) 171 724 4739, 22 janvier-22 février.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°32 du 1 janvier 1997, avec le titre suivant : Les artistes et les galeries

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque