Vendredi 20 septembre 2019

Les abstraits et Monet

Par Jean-Christophe Castelain · L'ŒIL

Le 23 août 2010 - 391 mots

Le rapport de Monet avec l’abstraction fait toujours débat. Nul besoin d’être historien pour constater la dissolution des formes dans la série des Meules et des Cathédrales et plus encore dans les peintures de Giverny.

Mais faut-il en conclure que Monet tendait vers une peinture abstraite, sans aucun lien avec la réalité ? De même, quelle a été son influence réelle sur les peintres qui se réclament de l’abstraction ? L’exposition de Marmottan, qui reprend dans une version plus réduite (quarante-quatre toiles) celle du musée Thyssen-Bornemisza de Madrid, soutient que les modernes ne regardaient plus Monet lorsque celui-ci disparaît en 1926, et que ce sont les expressionnistes abstraits américains et la seconde École de Paris qui l’ont redécouvert dans les années 1950.  Au jeu des comparaisons formelles Au plan formel les similitudes sont fortes. Entre Le Pont japonais (vers 1918) de Claude Monet et Sans titre (1946) de Jackson Pollock, c’est la même saturation de la toile, la même explosion de couleurs, la même indétermination du sujet. Sauf que dans la toile de Pollock, de sujet il n’y en a point alors que Monet peint le pont au-dessus de sa mare. Il faut certes chercher le pont dans ce all-over, mais cela reste le sujet. On sait que Pollock a beaucoup regardé Matisse et Picasso mais jusqu’à quel point a-t-il été marqué par Monet ?

L’exposition multiplie les correspondances de ce type, regroupées en six sections plus ou moins pertinentes. Il faut admettre que l’on prend un certain plaisir à contempler ces chefs-d’œuvre invitant à l’imagination, et à s’amuser en comparant Impression, soleil levant avec une abstraction de Richter, ou Saule pleureur avec un Zao Wou-Ki. Ce faisant, l’expo entraîne le public rétif à l’art contemporain sur le chemin de l’abstraction. La légitimité de Monet étant acquise, les Nymphéas acclimatent le regard le plus sceptique pour des territoires plus exigeants, Rothko ou Sam Francis. De la bonne pédagogie.

L’argument scientifique prend un peu de poids quand il s’agit d’André Masson, Joan Mitchell ou Jean-Paul Riopelle qui ont fait le voyage à Giverny, voire se sont installés dans la région. Ici, l’influence de Monet est manifeste. Difficile de résister au répertoire de formes que constitue le jardin et son traitement par Monet. « Je fais du Monet tardif pur », avoua Sam Francis lors de son séjour parisien dans les années 1950.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°627 du 1 septembre 2010, avec le titre suivant : Les abstraits et Monet

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