Dimanche 25 octobre 2020

Archéologie

L’Égypte de monsieur Guimet

Le Musée des beaux-arts de Lyon relate l’itinéraire d’Émile Guimet, donateur d’une partie des collections d’art égyptien

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 5 juin 2012 - 750 mots

LYON - Fils d’un grand industriel lyonnais dont il suivra la trace, Émile Guimet (1836-1918) se rend en Égypte lors d’un voyage touristique organisé en 1865. Alors âgé de 29 ans, il se découvre une véritable passion pour les antiquités égyptiennes et l’histoire des religions.

Dès son retour à Lyon, il se lance dans la constitution d’une collection, avec pour objectif la création d’un musée. Et, en 1879, est inauguré le premier Musée Guimet à Lyon, un musée archéologique et anthropologique consacré à l’histoire des religions. L’institution n’ayant pas rencontré la reconnaissance escomptée, Émile Guimet décide de faire construire, à Paris cette fois, place d’Iéna, un second Musée Guimet, lequel ouvre en 1889 – il abrite actuellement les collections nationales d’arts asiatiques. De son vivant, il cède sa collection à l’État et se voit nommé administrateur à vie de ce nouveau musée des religions basé dans la capitale. Les six mille pièces du fonds Guimet conservées à Paris seront transférées au Louvre au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, tandis que, à Lyon, en 1969, ses collections seront réparties entre le Musée des beaux-arts et le Muséum d’histoire naturelle (actuel Musée des Confluences).

Le Musée des beaux-arts de Lyon rend aujourd’hui hommage à la figure d’Émile Guimet et se penche sur l’origine des pièces égyptiennes dont il a hérité. « La collection Guimet est atypique, car ce qui l’intéressait, c’était moins l’objet d’art que le sens religieux des pièces, leur valeur intrinsèque », explique la commissaire, Geneviève Galliano, à la tête du département des antiquités du musée. Le parcours suit l’itinéraire de cet insatiable collectionneur, depuis ses premiers pas en Égypte – où il visite Alexandrie, la région du Delta, le canal de Suez en construction et Le Caire, avant  de rejoindre la haute Égypte – jusqu’à sa mort en 1918.

Acquis chez des antiquaires lyonnais ou parisiens, lors de ventes publiques ou auprès de ses nombreux contacts en Égypte et au Proche-Orient, les objets collectionnés sont dès l’origine dignes d’intérêt, à l’instar de ce cercueil du prêtre lahmès ou du Groupe familial en calcaire peint (v. 1550-1425 av. notre ère), tous deux conservés au Louvre. « Émile Guimet était très sollicité par les archéologues, les marchands, les fouilleurs qui savaient qu’il allait fonder un musée. Il était passionné par la muséographie », souligne Geneviève Galliano.

Sa visite du Musée de Boulaq (actuel Musée du Caire), agencé par Auguste Mariette, marque profondément Guimet comme le montrent les reproductions grandeur nature de clichés noir et blanc pris aux musées Guimet (lyonnais et parisien) à la fin du XIXe siècle, qui servent de support à la scénographie. Pour évoquer les villes et sites tels qu’Émile Guimet les découvrit en 1865, la conservatrice a eu la bonne idée de réunir des photographies des années 1860-1870 conservées au Musée d’Orsay, qui sont associées à des citations extraites du récit de son premier voyage. Deux films réalisés en Égypte par les opérateurs des Frères Lumière en 1897 sont également diffusés. Ils mentionnent le second voyage que fait Émile Guimet, en 1895, afin de visiter Antinoé dont il finance les fouilles et d’où il ramène quantité d’objets. Un espace est ainsi dévolu aux découvertes archéologiques réalisées dans les nécropoles d’Antinoé, tels ces objets du quotidien de la sépulture de la « Dionysiaque, royale favorite de l’Osiris-Antinoüs » datant de l’époque romaine, des pièces de textiles ou encore la Momie de Nedjem Ati d’époque ptolémaïque. Les salles suivantes abordent sa passion pour les religions orientales – particulièrement pour le culte isiaque ; la création, à son initiative, de diverses revues spécialisées telles que les Annales du musée Guimet et la Revue de l’histoire des religions. Ne sont pas oubliés son voyage en Asie en 1876 et ses expériences en tant que compositeur de musique. L’ensemble donne l’image un peu trop lisse d’un collectionneur avisé, généreux donateur, sans aucune ombre au tableau. « L’exposition souhaite souligner l’engagement personnel de cet homme qui collectionnait non à des fins personnelles mais pour créer un musée, qu’il a bâti à ses frais. Émile Guimet n’est pas seulement un mécène, il a joué un rôle important pour l’égyptologie française », reconnaît la commissaire. Il eût pourtant été intéressant de s’interroger sur les conditions des fouilles alors menées en Égypte et sur l’histoire de l’enrichissement des collections des musées.

 UN JOUR, J’ACHETAI UNE MOMIE…

Jusqu’au 2 juillet, Musée des beaux-arts, 20, place des Terreaux, 69001 Lyon, tél. 04 72 10 17 40, www.mba-lyon.fr, tlj sauf mardi, 10h-18h. Cat., éd. Hazan, 278 p., 39 euros.

UN JOUR…

- Commissaire : Geneviève Galliano, conservatrice au Musée des beaux-arts de Lyon

- Scénographie : Sophie Couëlle

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°371 du 8 juin 2012, avec le titre suivant : L’Égypte de monsieur Guimet

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