Dimanche 15 décembre 2019

L’école buissonnière

Barbizon, laboratoire de la peinture de plein air

Le Journal des Arts

Le 28 juin 2002 - 566 mots

Mieux qu’une simple étape sur le chemin de l’Impressionnisme, l’école de Barbizon offre une synthèse des grands courants artistiques de la première moitié du XIXe siècle, alliant tradition classique, souci du réalisme et sentiment de la nature. Démonstration à Lyon au Musée des beaux-arts.

LYON - Côte à côte dans la première salle, le Paysage avec Narcisse, peint par Pierre-Henri de Valenciennes en 1792, et Le Four communal dans les Landes de Gascogne, brossé par Théodore Rousseau en 1844, permettent de mesurer le chemin parcouru par l’art du paysage dans la première moitié du XIXe siècle. Pourtant, se méfiant des ruptures artificielles, Vincent Pomarède, le commissaire de l’exposition, a voulu insister sur les continuités entre les diverses générations de peintres, d’une part en sélectionnant essentiellement des œuvres peintes en forêt de Fontainebleau, d’autre part, en prenant un parti chronologique large. Dès le XVIIIe siècle en effet, bien avant Corot, Rousseau, Millet et consorts, les artistes viennent travailler du côté de Barbizon, et l’un des intérêts de l’exposition est de mettre en lumière la synthèse qui s’opère dans cette “école” entre la tradition classique, le travail d’après nature et la recherche du sentiment. L’unité de lieu favorise par ailleurs le retour de tableaux en tableaux de motifs identiques, que chaque artiste restitue avec sa sensibilité propre : les gorges d’Apremont par exemple inspirent aussi bien Rousseau que Barye ou Dutilleux.

Soucieuse d’inscrire dans une généalogie les peintres traditionnellement attachés à l’école de Barbizon comme Théodore Rousseau, Narcisse Diaz de la Peña ou Jean-François Millet, l’exposition insiste sur les précurseurs de la peinture en plein air, comme Lazare Bruandet, qui s’appuie sur l’héritage de l’art flamand et hollandais du XVIIe siècle. Jean-Victor Bertin est lui aussi présent dans la forêt dès les années 1780. Suivant son exemple, les élèves de son atelier, Corot, Caruelle d’Aligny, Coignet, Lanoue, Enfantin, viennent y préparer le Grand Prix de Rome, puisque la formation académique accordait une grande importance au travail d’après nature.

À l’étage, les toiles de Rousseau et de Diaz, qui arrivent en forêt de Fontainebleau respectivement en 1827 et 1833, marquent une nouvelle étape de la peinture de plein air. Dans la flamboyance d’un coucher de soleil ou l’obscurité humide d’un sous-bois, les deux artistes, présentés ensemble, s’attachent à une description précise de la nature, dénuée de pittoresque mais pas d’émotion. Restant attaché à la figure humaine dans ses scènes de la vie paysanne, Jean-François Millet occupe, lui, une place à part au sein de cette école informelle, à laquelle se joignent également des peintres animaliers comme Constant Troyon. Néanmoins, il partage avec ses congénères ce désir de synthétiser réalisme et sentiment. Ses paysages purs réalisés après 1860 seulement constituent l’aboutissement de cette démarche ; Solitude, visiblement inachevé, semble même nimbé d’un mystère propre aux meilleures œuvres symbolistes.

À leur suite, tous les artistes qui comptent se sont donnés rendez-vous en forêt de Fontainebleau : Daubigny, Courbet, Bazille, Sisley, Monet. Alors que l’école de Barbizon est souvent présentée comme un précurseur de l’Impressionnisme, il apparaît que l’art de Monet et de ses compères marque une véritable rupture. La peinture pour eux n’est plus affaire de sentiment mais de sensation.

- L’ÉCOLE DE BARBIZON, PEINDRE EN PLEIN AIR AVANT L’IMPRESSIONNISME, jusqu’au 9 septembre, Musée des beaux-arts de Lyon, 20 place des Terreaux, 69001 Lyon, tél. 04 72 10 17 40, tlj sauf mardi 10h-18h, vendredi 10h30-20h. Catalogue, éd. RMN, 45 euros.

S’il n’appartient pas à l’école de Barbizon, Antoine Chintreuil (1814-1873) a néanmoins reçu de Corot de précieux conseils et encouragements. Du maître, il hérite non seulement d’un souci de réalisme, mais aussi d’une forte inclination au lyrisme. Dans ses paysages, il cherche à capter ce moment unique où la lumière du soleil perce enfin le brouillard du matin, ou enflamme la nature de son dernier rayon. Ce peintre des « brumes et rosées », comme l’avait surnommé le critique Champfleury, restitue dans certaines de ses œuvres une atmosphère de mystère, d’étrangeté qui avait séduit Odilon Redon. Le Musée de Brou à Bourg-en-Bresse (tél. 04 74 22 83 83) et le Musée Chintreuil de Pont-de-Vaux (tél. 03 85 51 45 65), sa ville de naissance, lui rendent un double hommage, jusqu’au 22 septembre, qui pour beaucoup sera sans doute une authentique découverte.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°152 du 28 juin 2002, avec le titre suivant : L’école buissonnière

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