Lundi 17 décembre 2018

Mer de Chine

Le San Diego resurgit

Épopée navale et chasse au trésor

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 1 septembre 1994 - 716 mots

Plus de 5 000 objets et fragments ont été retrouvés dans l’épave du San Diego qui avait sombré il y a près de quatre cents ans en mer de Chine. Une exposition, pour les jeunes de 7 à 77 ans, mêle épopée navale et chasse au trésor, tout en voulant alerter l’opinion contre la dispersion des trésors des fouilles sous-marines.

PARIS - Par cinquante mètres de fond, gisaient deux ancres et six canons. L’un d’eux porte une inscription encore parfaitement lisible : "Philippus Rex, 1593". Il n’y a plus de doute possible pour Franck Goddio et les plongeurs de l’Institut européen d’archéologie sous-marine : le 21 avril 1991, le San Diego, un galion espagnol coulé en mer de Chine à l’automne 1600, est retrouvé.

Pendant plus de trois semaines, le balayage de la zone probable du naufrage, au large de la baie de Manille, n’avait donné que des déceptions. Les magnétomètres décelaient bien des masses métalliques importantes, mais les plongeurs ne découvraient que des épaves du vingtième siècle et des débris de toute sorte.

Commence alors, en collaboration avec le Musée national des Philippines, la fouille la plus importante menée dans les eaux territoriales de ce pays. La Fondation Elf verse seize millions de francs pour financer deux campagnes, en 1992 et 1993, qui font resurgir l’ensemble le plus important de porcelaine chinoise jamais trouvé sur une épave occidentale, précieux pour l’histoire navale et riche d’enseignement pour les spécialistes de la céramique.

Précipitamment armé
L’abondance du trésor s’explique par le fait que le San Diego était un navire commercial, qui avait été précipitamment armé pour combattre un bateau hollandais menaçant la suprématie espagnole sur l’archipel. Des canons pesant plus de quinze tonnes, enlevés à la forteresse de Manille, ont été chargés sur le galion, qui n’a pas été vidé de ses marchandises. Quelque quatre cent cinquante hommes, dont vraisemblablement des mercenaires japonais – des gardes de sabre ("tsuba") retrouvées le laissent supposer – sont embarqués. Mal commandé, le San Diego prend l’eau après être passé à l’abordage, et coule à pic devant le vaisseau hollandais. Une centaine de marins seulement survivra.

Par cinquante mètres de fond, l’épave est demeurée hors d’atteinte des pillards, mais était accessible à des plongeurs équipés de moyens modernes et d’un sous-marin. Mille deux cents pièces de porcelaine, bouteilles, verseuses ou "kendis", bols, assiettes, plats… ont été remontées. Ce sont soit des "Kraak", la porcelaine destinée à l’exportation, soit des Swatow, destinés au marché asiatique, de facture plus rustique, mais au décor plus libre. Celui-ci, bleu et blanc, se rattache aux grands thèmes animaliers – les daims, les volatiles – ou aux paysages (bambou, prunus, pin).

Mais certains décors intriguent les spécialistes, qui habituellement les datent plus tardivement. La découverte d’imposantes jarres intactes a été une heureuse surprise : "d’habitude, je ne trouvais que des tessons", reconnaît Franck Goddio. À côté de pièces restaurées à Manille, l’exposition montrera également des objets tels qu’ils ont été découverts, pris dans leur gangue de concrétions coralliennes et de sédiments.

En exposant un ensemble conséquent de cette fouille (astrolabe, boussole, vaisselle, bijoux… également), les organisateurs veulent insister sur l’importance de la cohérence d’un tel trésor, alors que les produits de fouilles en mer de Chine ou en Méditerranée sont souvent dispersés en vente. "Le San Diego m’a permis de réaliser un premier pari : prouver qu’un groupe privé pouvait réussir une telle fouille", affirme Franck Goddio, à la fois scientifique et financier international, qui avait déjà à son actif huit fouilles aux Philippines, marquées en particulier par la découverte de trois jonques chinoises.

"Je veux maintenant en réaliser un deuxième, trouver un musée qui accueillera mes collections", ajoute-t-il. Car, conformément à la législation, le trésor d’une fouille appartient à l’autorité publique régnant sur les eaux territoriales et à l’inventeur…

\"On a retrouvé le trésor du San Diego !\"

Paris, Grande Halle de la Villette, 15 septembre - 8 janvier, tous les jours de 10 à 19h30, les mardis de 12h à 22h, exposition organisée par l’Association française d’action artistique (AFAA).

À lire, Le San Diego, un trésor sous la mer, catalogue édité par la RMN, 368 p., 350 ill, 295 F, Trésors des Galions, collection "le Temps", 144 p., 190 ill., 240 F et Le mystère du San Diego, par Franck Goddio, Éditions Laffont, 224 p., 119 F.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°6 du 1 septembre 1994, avec le titre suivant : Le San Diego resurgit

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