Mercredi 12 décembre 2018

Le réveil artistique des années 1945-50

Plus de deux cents œuvres de l’immédiat après-guerre

Le Journal des Arts

Le 1 décembre 1995 - 464 mots

Artistes européens et américains sont rassemblés autour de l’idée que le contexte historique de la fin des années quarante a déterminé d’une manière radicale leur langage vers l’abstraction. Démonstration malheureusement schématique pour une exposition par ailleurs séduisante.

GENÈVE - "1945, Les figures de la liberté" prend en partie son sens dans le contexte des manifestations organisées pour le cinquantième anniversaire de l’ONU. L’exposition au Musée Rath met en parallèle les conditions historiques de l’après-guerre et la volonté de nombreux artistes de s’exprimer par l’abstraction. L’œuvre est alors considérée comme une figure de liberté, fondatrice des pratiques artistiques contemporaines.

Claire Stoullig, commissaire de l’exposition, veut montrer qu’en cette période troublée de l’histoire, les mouvements de l’art contemporain  se déterminent et s’enchaînent les uns par rapport aux autres.

Près d’une centaine d’artistes internationaux et une présentation en trois volets argumentent cette vision : Picasso, Bonnard, Matisse et Léger font figures de références aux côtés d’Arp, Bacon, Kline, Pollock, Soulages, Wols, etc. Conçue comme une évolution en trois points, la visite est d’abord une confrontation à "l’image en souffrance ou la figuration défigurée", elle souligne ensuite "l’esprit de reconstruction : entre espace et mouvement", pour finalement aborder "l’art in process : écriture automatique et geste informel".

Après le chaos de la guerre, la peinture harmonieuse ne peut plus exister, elle doit trouver d’autres moyens pour exprimer l’horreur de la réalité. L’artiste reconsidère ses rapports à l’objet et à l’être humain. Une vanité peinte par Picasso, Tête de mort et livre (1946), nous fait pénétrer dans ces reconsidérations.

Les visions de Guston ou Sutherland, les images de Fautrier, déformées et noyées dans une texture épaisse, comme les visages et les corps torturés de Michaux ou d’Artaud, et même l’autoportrait de Bonnard (1939-45), montrent à chaque fois un être meurtri. Le développement d’une expression informelle et gestuelle, sous l’influence déterminante des surréalistes et du procédé de l’écriture automatique, est évoqué par des peintres européens et américains. Une partie intéressante de l’exposition est consacrée à l’Abstraction géométrique, avec notamment Max Bill, chef de file de l’Art concret, des peintres zurichois, italiens du groupe Forma, et sud-américains du groupe Madi.

La visualisation apparemment cohérente de cette période prête à confusion. Le public est confronté à des postulats artistiques différents sans aucun repère historique ou autre. L’exposition mêle par exemple sans distinction l’expressionisme abstrait de l’Américain Pollock et le lyrisme du Français Mathieu. Cette diversité est par contre l’occasion de découvrir des œuvres peu connues du grand public, puisque certaines pièces proviennent de collections privées, genevoises notamment.

-1945, LES FIGURES DE LA LIBERTÉ, Musée Rath, Place Neuve, Genève, jusqu’au 7 janvier 1996, ouvert du mardi au dimanche de 10h à 17h, le mercredi de 12h à 22h. Catalogue, 300 p., publié par le Musée d’art et d’histoire, diffusion Skira. Prix 65 FS.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°20 du 1 décembre 1995, avec le titre suivant : Le réveil artistique des années 1945-50

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