Mercredi 21 février 2018

Le retour de la momie

Arles explore les pratiques funéraires à l’époque ptolémaïque

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 14 janvier 2008

Pharaons pour les Égyptiens, rois pour les Grecs, les Ptolémées, installés à Alexandrie, ont régné en Égypte de 332-331 à 30 avant J.-C. À travers les momies et objets funéraires – statues, vases, coupes, stèles – qu’ils ont laissés, le Musée de l’Arles antique étudie cette période de l’histoire ancienne. L’exposition est aussi l’occasion de souligner la richesse des musées français.

ARLES - En 331 avant J.-C., Alexandre fonde une colonie portant son nom sur le cordon littoral séparant la Méditerranée du lac Maréotis. Commence alors en Égypte la période dite “ptolémaïque” (332-331 à 30 avant J.-C.), du nom de “Ptolémée”, qui dirige la colonie grecque dès 323 avant J.-C et base son administration quelques années plus tard à Alexandrie. Si, dans un premier temps, les Grecs conservent leurs usages funéraires – la crémation et l’inhumation –, les archéologues ont relevé la présence de nombreux corps momifiés dans les nécropoles d’Alexandrie, mais aussi en Égypte moyenne, à Akhmîm, par exemple, d’où provient la Momie de Téos, exposée avec son sarcophage et une partie de son cartonnage au Musée de l’Arles antique. “Avec l’étude des pratiques funéraires en Égypte, d’Alexandre à Cléopâtre, le musée cherche à intéresser les gens bien au-delà de la simple vision de momies. Nous voulons faire découvrir cette période finalement assez peu connue de l’Égypte par rapport à celles de l’Ancien et du Nouvel Empire, explique Alain Charron, conservateur au Musée de l’Arles antique et commissaire de l’exposition. Même si le Louvre a la plus belle collection en France, nous souhaitons également souligner la richesse des musées de province et mettre en avant l’ensemble des collections françaises.” Pour cela, l’institution a emprunté de nombreuses pièces aux musées d’Amiens, Angers, Bourges, Guéret, Lattes, Lyon ou encore de Roanne. La Momie de Téos provient du Musée du Berry à Bourges, les deux Pleureuses qui l’entourent, représentant Isis et Nephthys, des musées de Guéret et du Musée d’archéologie méditerranéenne de Marseille, tandis que la Momie de Taubasthis et ses éléments de parure de cartonnage ont été prêtés par le Muséum d’histoire naturelle de Lyon. Le musée est même allé puiser dans des collections privées. L’étonnant Masque doré au long nez droit, yeux grands ouverts et couleurs vives, avec sa couronne florale surmontée d’un scarabée, provient ainsi d’un collectionneur privé suisse. Outre le prêt de l’inévitable Sarcophage du général Dioskouridès (début du IIe siècle avant J.-C.), haut de deux mètres et pesant plus d’une demi-tonne, le Louvre a offert à Arles la possibilité de présenter en avant-première la statue de Cléopâtre et les deux plaques de loculi (niches creusées dans une paroi pour abriter une tombe) en forme de stèle peinte à couronnement (IIIe siècle avant J.-C.), tout juste sorties des ateliers de restauration. Ces pièces iront ensuite rejoindre les salles égyptiennes du Louvre où elles n’avaient pas été vues depuis des dizaines d’années.

Une funèbre galerie
Accompagnés de cartels et de panneaux explicatifs très bien conçus, les momies, statues et objets funéraires se détachent sur fond de cimaises vert pâle, symbole de renaissance et couleur emblématique de la chair d’Osiris, “une couleur qui tranche avec les éclairages morbides souvent choisis pour ce type d’exposition et [qui] met en valeur les objets”, précise Alain Charron. Les momies de chats, de poissons, de crocodiles, d’une tête de bovidé, mais aussi d’une gazelle, d’un varan et d’un ensemble de musaraignes réunies en une galette aplatie, forment, pour clore le parcours, une funèbre galerie d’êtres grimaçants. Avec cette exposition, le Musée de l’Arles antique souhaitait aussi mettre en exergue la recherche française menée à l’étranger. Deux hydries (1) originaires d’Alexandrie évoquent ainsi les travaux des anthropologues Gilles Grévin et Paul Bailet (laboratoire de Draguignan) sur les crémations de l’époque ptolémaïque. Ils ont analysé une cinquantaine d’hydries funéraires, dont certaines respectent scrupuleusement l’ordre anatomique – les restes humains sont disposées de la tête aux pieds. Les détails de leurs études figurent dans le catalogue de l’exposition auquel ont également participé Jean-Yves Empereur, Françoise Dunand ou Roger Lichtenberg.

(1) Vases grecs à trois anses utilisés pour le transport de l’eau et dont on pouvait se servir comme vase cinéraire.

- LA MORT N’EST PAS UNE FIN, jusqu’au 5 janvier, Musée de l’Arles antique, presqu’île-du-cirque-romain, 13200 Arles, tél. 04 90 18 88 93, tlj 9h-19h jusqu’au 31 octobre, 10h-17h à partir du 2 novembre, fermé le 25 décembre et le 1er janvier. Catalogue, 220 p., 30 euros.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°156 du 11 octobre 2002, avec le titre suivant : Le retour de la momie

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