réouverture

Le musée Spiess

L'ŒIL

Le 1 février 2000

Rarement accrochage de musée n’aura autant révélé la personnalité de son directeur. Réouvert le 1er janvier au public (L’Œil n°512), le Musée national d’Art moderne, grand bénéficiaire de la restructuration du bâtiment de Piano et Rogers, reflète fidèlement les choix de Werner Spiess. Ses plus grandes qualités mais aussi certaines de ses faiblesses.
Disons-le d’emblée : l’étage historique est le plus réussi. Pour les collections permanentes de 1905 à 1960, le parti pris est celui d’une chronologie très pédagogique. Un accrochage serré et dense, bien éclairé, montre les richesses de celui qui devient ainsi « le premier musée d’art du XXe siècle au monde avant le MoMA », comme se plaît à le souligner son directeur. Salle après salle, on retrouve en bon ordre les Fauves, l’expressionnisme, le cubisme... Si certaines confrontations sont réussies (Picasso et l’art africain, Hartung et Gonzalez, Giacometti et Miró surréalistes, Bellmer et Balthus), d’autres en revanche incitent à y réfléchir de plus près. N’y avait-il aucune solution pratique pour isoler le rideau de scène de Mercure (1924) des papiers collés cubistes antérieurs d’une dizaine d’années ? Pourquoi systématiquement exposer Braque face à Picasso ? Qu’ont de commun les sculptures de Gonzalez et les toiles de Pollock et Masson qui se retrouvent dans la même salle ? Les trois grands Bleus de Miró, réunis avec tant de patience et si impressionnants dans leur sérénité, doivent-ils être mis en parallèle avec les drippings de Pollock ? Côté positif, il faut insister sur l’éclairage voulu par Werner Spiess, Allemand francophile de premier ordre, sur la sculpture en général, Dada et le surréalisme. La remarquable salle Duchamp permet de voir l’enrichissement des collections du musée avec le Dresseur d’animaux de Picabia annonçant les achats récents d’un superbe Grosz et d’un Schad plus convenu. Si la reconstitution du cabinet de travail d’André Breton est un bon point pour évoquer les liens entre art et littérature, que dire des tentatives d’interdisciplinarité dont on nous a tant rabattu les oreilles ? La photographie ? Elle est quasiment absente et ne sert souvent que d’alibi documentaire. Le design et l’architecture ? Si, pour l’étage historique, ils viennent à point nommé et sont élégamment présentés, à l’étage contemporain ils ne dialoguent jamais avec les arts plastiques et se télescopent dans des salles trop pleines. C’est d’ailleurs l’absence de hiérarchie qui caractérise cette zone contemporaine. Le cheminement se fait de manière chaotique avec des salles fourre-tout comme celle baptisée « Figurations/ Représentations ». Sans logique, on donne à certains mouvements ou artistes de grands espaces (Pop Art, Nouveaux réalistes, Richter, Boltanski et son inséparable Messager) et fait disparaître à la trappe d’autres (minimalisme, Figuration critique et surtout Supports/Surfaces sous prétexte d’une exposition itinérante au Japon). La Donation Cordier ne pouvait-elle pas trouver lieu plus élégant que ce couloir conduisant aux toilettes ? Faut-il lire, de la part de Werner Spiess, un clin d’œil à Jean Clair avec la présence incongrue, au détour d’une cimaise, d’un Music ou d’un Sam Szafran, artistes que cet ancien conservateur du MNAM a toujours défendu ? Enfin, pour souligner encore le manque de place du musée, la dernière solution trouvée a été de confier à Christian Boltanski et Fabrice Hybert deux salles où ils ont entassé des œuvres sorties des réserves. Terminons sur une conclusion encourageante : les jeunes artistes français sont tout de même mis à l’honneur. Closky, Jouve, Séchas, Veilhan terminent le parcours et font une bonne transition avec la première et souriante exposition temporaire, « Jours de fête » signée Catherine Grenier avec Philippe Ramette, Philippe Mayaux ou Marie-Ange Guilleminot.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°513 du 1 février 2000, avec le titre suivant : Le musée Spiess

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