Photographie

Le Musée d’Orsay révèle l’étendue de l’œuvre de Girault de Prangey

Par Christine Coste · Le Journal des Arts

Le 8 janvier 2021 - 790 mots

PARIS

Les découvertes récentes des daguerréotypes et tirages de ce pionnier de la photographie élèvent l’importance de ses travaux.

Joseph Philibert Girault de Prangey, Djèbel Selsêleh. Petit temple, 1842-1843, daguerréotype, 9 × 12 cm, Paris, Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la photographie. © Photo Bnf
Joseph Philibert Girault de Prangey, Djèbel Selsêleh. Petit temple, 1842-1843, daguerréotype, 9 × 12 cm, Paris, Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la photographie.
© Photo Bnf

Paris. La photographie du XIXe siècle recèle d’innombrables histoires palpitantes et d’artistes encore à (re)découvrir. Joseph-Philibert Girault de Prangey compte parmi ces pionniers amateurs dont la vie et l’œuvre se découvrent au fur et à mesure des pièces qui ressortent à la faveur de ventes aux enchères depuis les années 2000. Peintre, dessinateur, archéologue, botaniste, cet esthète érudit et estimé par ses pairs a été, toute sa vie durant, un photographe accompli, comme le révèlent au Musée d’Orsay Thomas Galifot, conservateur en chef pour la photographie, et Sylvie Aubenas, directrice du département des estampes et de la photographie à la Bibliothèque nationale de France.

Jusqu’à présent ce qui a été montré de lui, se concentrait sur les daguerréotypes essentiellement réalisés au cours de son grand voyage en Italie, Grèce, Égypte, Turquie et Syrie, entre de 1842 à 1845 [voir ill.]. Ils furent d’ailleurs au cœur de l’exposition « Monumental Journey » proposée par le Metropolitan Museum of Art 2019 et, l’an dernier, dans une des composantes de l’exposition « Mille et un Orients » au Musée d’art et d’histoire de Langres. La monographie proposée au Musée d’Orsay, la première du genre entièrement dévolue à sa pratique, élargit le regard, affine les connaissances grâce aux dernières acquisitions de la BNF et à la redécouverte de l’œuvre sur papier par Thomas Galifot. Les recherches qu’il a menées, associées à celles de Sylvie Aubenas donnent ainsi, dans une scénographie claire et rythmée, la vision la plus large et la plus complète de l’œuvre de ce talentueux amateur.

Du daguerréotype au stéréoscope

Contrairement à ce que le peu de matériel disponible jusqu’à présent suggérait, Girault de Prangey, à son retour à Langres, à partir des années 1850, ne range pas ses appareils et ne vit pas en solitaire dans son vaste domaine des Tuaires [voir ill.], avec sa demeure orientale, ses serres et ses jardins. Après s’être consacré à l’archéologie et à la sauvegarde du patrimoine, Prangey s’adonne intensément à la photographie. Il abandonne le daguerréotype au profit d’un autre procédé, le stéréoscope, appareil doté de deux objectifs tout juste mis au point. Les photographies stéréoscopiques se présentent sous forme de deux vues de petites dimensions d’une même scène, prises simultanément sous des angles différents et qui, regardées dans un stéréoscope, apparaissent en relief.

L’exposition montre ainsi l’ampleur et la diversité des prises de vue tirées sur papier albuminé et souvent en grand format. L’extérieur de la villa, le domaine, ses activités agricoles ou horticoles et la nature environnante sont ses sujets de prédilection. Quelques portraits des membres de la famille de Girault de Prangey, des employés au domaine ou des paysans des alentours, une randonnée entre amis, complètent ses prises de vue. La justesse du cadrage s’accompagne d’une grande liberté.

Sa passion pour la botanique et l’horticulture, déjà manifeste dans ses peintures, dessins ou daguerréotypes s’exprime aussi dans ses aquarelles. « Girault de Prangey est l’opposé du reclus », souligne Thomas Galifot.« De la même manière que son implication dans l’archéologie lui a valu d’être respecté par la Société française d’archéologie et la Société d’histoire et d’archéologue de la Lorraine, le sérieux dans lequel il embrasse son autre passion lui vaut la reconnaissance des milieux de l’horticulture et de l’acclimatation, tant au niveau local que national. »

Une exposition didactique

L’exposition, par son travail de contextualisation, lève le voile sur ce que lui permet la photographie, bien avant d’entreprendre son grand voyage en Orient. Dès sa formation auprès de Louis Daguerre en 1840, l’artiste-archéologue s’approprie ce médium utile à son travail : les différents clichés sur l’état de Notre-Dame et sur la première phase de restauration très controversée, entreprise au printemps 1841, étayeront ainsi ses critiques devant la Société française d’archéologie à l’égard d’un chantier bâclé que reprendra complètement, deux ans plus tard, Eugène Viollet-Le-Duc et Jean-Baptiste Antoine Lassus. Monuments de Paris, de Langres, en France, en Suisse, ou encore premières études de plantes : les daguerréotypes en grand format qu’il privilégie vont bien au-delà de la simple documentation.

Quant à son voyage en Orient, sa représentation rompt avec sa pratique ordinaire ; il expérimente et il mélange les genres. « Panoramiques verticaux ou horizontaux, photos inversées sur une même plaque, grand format […], l’usage extrêmement libre du matériau et des monuments ou des paysages est aussi esthétique », souligne Sylvie Aubenas. « Rares sont les photographes de cette époque à avoir exploré tous les genres, et sans interruption, si l’on se réfère à la création photographique d’Henri Le Secq, Maxime Du Camp ou Gustave Le Gray, limitée dans le temps. »

Nul doute que ce qui est encore conservé au sein de la famille – ou dans d’autres collections –, réserve encore bien d’autres trésors.

Girault de Prangey photographe (1804-1892),
initialement jusqu’au 14 mars 2021, Musée d’Orsay, 1, rue de la Légion d’Honneur, 75007 Paris.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°558 du 8 janvier 2021, avec le titre suivant : Le Musée d’Orsay révèle l’étendue de l’œuvre de Girault de Prangey

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