Le lustre passé au crible

Par Sophie Flouquet · L'ŒIL

Le 19 juin 2008

C’est l’une des techniques phares des arts islamiques.

Apparu au VIIIe siècle et très largement diffusé dans tout le monde musulman, le lustre métallique a fait la renommée des céramistes orientaux. Une exposition du musée de Cluny, organisée en collaboration avec le musée du Louvre, permet de réunir quelque 125 pièces parmi les plus représentatives de cet art. Elle s’appuie notamment sur les résultats des analyses physico-chimiques menées par le Centre de recherche et de restauration des musées de France depuis 2004.
Le parcours, qui se déploie dans deux salles du musée, brosse un panorama géographique de cette technique, vraisemblablement mise au point par les verriers coptes d’Égypte puis transposée sur la céramique à Samarra, en terres abbassides d’Iraq. Complexe à mettre en œuvre car exigeant une grande précision, la technique consiste à apposer des oxydes métalliques d’argent et de cuivre sur une pièce de céramique déjà recouverte d’une glaçure. Recuite, la pièce se revêt alors de couleurs profondes aux reflets métalliques, d’où cette appellation de lustre.
De l’Égypte à l’Iraq, en passant par la Syrie, le Maghreb, l’Espagne mais aussi l’Iran, le parcours de la céramique lustrée suit aussi l’évolution géopolitique du monde musulman. Les objets, qu’il s’agisse de pièces de forme ou de carreaux de revêtement, ont été appréciés des élites. Certains artistes en ont même tiré une véritable renommée, comme en témoigne la multiplication des signatures sur des pièces d’ordinaire anonymes. Le renouveau viendra plus tard de l’Espagne, et notamment de Valence au XIVe siècle, avant que la majolique italienne ne vienne concurrencer le lustre métallique.
Cet art difficile à appréhender pour le néophyte, mais servi ici par une présentation didactique, a permis de produire quelques pièces d’exception, dont le célèbre Plat au porte-étendard (Iraq, Xe siècle) du musée du Louvre, véritable icône des arts islamiques.

« Reflets d’or », musée de Cluny - Musée national du Moyen Âge, 6, place Paul-Painlevé, Paris Ve, tél. 01 53 73 78 16, jusqu’au 1er septembre 2008.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°604 du 1 juillet 2008, avec le titre suivant : Le lustre passé au crible

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