Mercredi 21 novembre 2018

Laurent Saksik, éloge de l’insaisissable

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 avril 2003 - 317 mots

« De la couleur avant toute chose et pour cela préfère la lumière. » Telle pourrait être la devise manifeste de Laurent Saksik. L’expérimentation qu’il fait de la première grâce à la seconde, à travers toutes sortes de dispositifs architecturés aux formes minimales, est autant d’occasions pour lui d’inviter le spectateur à s’interroger sur les mécanismes de la perception. Ses installations, qui font appel à toute une matérialité de pigmentation et de projection et qui jouent des phénomènes de radiation et de transparence des matériaux employés, fonctionnent sur le mode de l’interactivité. Elles requièrent du regardeur que celui-ci se déplace dans l’espace pour capter toutes les variations et mesurer la dimension immatérielle en fonction des incidences infinies de la lumière.
En cela, l’art de Laurent Saksik relève de ce type d’expériences sensibles qui puisent leurs sources tant dans les spéculations classiques sur la camera obscura que dans l’environnement à 360 degrés
des Nymphéas de Monet – l’artiste a d’ailleurs consacré à cette œuvre un texte tout à fait révélateur – et, dans certaines des propositions, de l’art minimal américain. Condenseur noir, Rayon vert,
Le Fugitif, Le Transitoire, etc., les titres mêmes des travaux de Saksik le signalent : tout est question chez lui de passage, de révélation, d’atmosphère, c’est-à-dire de qualités tout à la fois subtiles
et sublimes qui concourent à faire l’éloge de l’insaisissable.
D’une rigueur extrême dans sa mise en œuvre plastique et d’une élaboration physique très précise, l’art de cet artiste se détermine paradoxalement par rapport à l’impalpable, l’indicible, voire l’innommable. « D’abord il n’y a rien, ensuite il y a un rien profond, puis une profondeur bleue », disait jadis Bachelard. La formule reprise à son compte par Yves Klein trouve chez Laurent Saksik une autre forme d’illustration, radieuse, spatiale et diversement colorée.

MOUANS-SARTOUX, Espace de l’art concret, Centre d’art contemporain, Château de Mouans, tél. 04 93 75 71 50, 23 mars-4 mai.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°546 du 1 avril 2003, avec le titre suivant : Laurent Saksik, éloge de l’insaisissable

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