Architecture

ARCHITECTURE

L’architecture lumineuse de Tadao Ando

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 31 octobre 2018 - 773 mots

PARIS

Le Centre Pompidou consacre une vaste rétrospective à la star japonaise de l’architecture. À travers ses réalisations visionnaires, mais aussi des maquettes et des croquis inédits, se dessine le portrait d’un autodidacte devenu maître du minimalisme.

Tadao Ando Colline du Bouddha
Tadao Ando, Colline du Bouddha, au Japon, 2015
© Photo Shigeo Ogawa

Paris. Appréhender l’œuvre d’un architecte peut parfois s’avérer complexe. Pas avec Tadao Ando. Le maître d’œuvre nippon, 77 ans, récipiendaire de toutes les plus grandes récompenses internationales, dont le Pritzker Prize en 1995, aurait même tendance à faciliter la tâche, tant il use d’une palette de médiums très identifiables. Intitulée « Tadao Ando, le défi », cette vaste et passionnante rétrospective du Centre Pompidou, à Paris, permet ainsi d’explorer une part de cette carrière riche de quelque 300 réalisations disséminées sur toute la planète, au travers d’une sélection de 50 projets majeurs, soit : des photographies, des films, 180 dessins, ainsi que 70 maquettes originales.

D’emblée, et c’est un bonheur, le visiteur découvre de splendides croquis tirés des carnets de voyage de l’architecte, encore jamais montrés – en Europe s’entend. Autodidacte et, à l’origine, pressenti pour une carrière de… boxeur professionnel, Ando s’est formé à la profession d’architecte en visitant dans le monde entier (Europe, Afrique, Inde, États-Unis, etc.), à partir de 1965, des bâtiments phares qu’il « croque » avec subtilité tels que l’abbaye du Thoronet dans le Var, le Panthéon à Rome ou la Cité radieuse à Marseille. Il en va de même avec ces fabuleux dessins à la mine de plomb ou ces clichés en noir et blanc de ses propres projets, pris par l’architecte lui-même, dans lesquels on devine l’influence d’un certain Lucien Hervé. Ceux-ci illustrent en tout cas la manière dont l’homme élabore ses projets : un vocabulaire basique (la colonne, le mur) et des figures élémentaires (tels le cercle, le carré ou le triangle) qui, selon leurs associations ou variations, engendrent des volumes géométriques simples. Ainsi, en est-il de la maison Kidosaki, à Tokyo, cube de 12 mètres de côté protégé par un haut mur de béton qui cerne la parcelle, ou du musée 21_21 Design Sight, toujours à Tokyo, dont la silhouette se plie tel un origami.

C’est le cas également avec les édifices patrimoniaux : à chaque fois, l’intervention d’Ando permet de les révéler, sinon de les remettre en scène, à l’instar de cette salle de forme ovoïde logée au cœur de la mairie historique du quartier de Nakanoshima, à Osaka (projet non construit), ou de ce parfait cylindre (de 10 mètres de hauteur et 30 mètres de diamètre), actuellement en chantier sous la coupole de l’ancienne Bourse du commerce, à Paris, futur siège français de la collection Pinault, dont l’ouverture est fixée à 2019.

Dans la construction proprement dite, aucune afféterie : les matériaux sont essentiellement utilisés tels quels, à commencer par le béton brut lissé, devenu fétiche. Sur une photographie prise dans le séjour de la maison Koshino, à Ashiya, on peut ainsi admirer comment ledit béton peut presque se faire velours. Davantage rustique apparaît l’une des premières réalisations d’Ando, à Osaka : la maison Azuma, avec sa façade sur rue quasi borgne, hormis la porte d’entrée. Étroite et oblongue, elle se compose de quatre pièces réparties sur deux niveaux, chacune séparée par un vide central intérieur. La maquette, fabriquée elle aussi en béton, rend, à elle seule, toute la matérialité de l’habitation.

L’architecture vue comme théâtralisation de la nature

Le parcours explore, de manière chronologique, la notion d’échelle : de la plus petite – comme les « minuscules » Guerilla Houses – jusqu’aux projets de grande ampleur qui s’inscrivent littéralement dans le paysage, voire remodèlent une topographie, tels les résidences Rokko I, II et III, à Kobe, l’ensemble muséal de Naoshima (formidable projet au long cours, trois décennies déjà), lequel fait l’objet d’une présentation conséquente, ou la Colline de Bouddha, sise dans un cimetière de l’île d’Hokkaido [voir illustration ci-dessus], dont une vidéo montre, ici, en version accélérée, la monumentale transformation paysagère du site. La nature est d’ailleurs une composante incontournable de l’œuvre d’Ando, qu’évoque une présence permanente de l’eau ou la lumière. En témoignent le magasin Time’s, à Kyoto, ode à la rivière adjacente, et plusieurs espaces sacrés, dont le Temple de l’eau, sur l’île d’Awaji, qui arbore un toit aménagé en étang à lotus, ou l’Église de la lumière, à Ibaraki, et sa fente cruciforme à travers laquelle la lumière naturelle s’immisce.

On ne peut, enfin, saisir dans son entièreté l’architecture de Tadao Ando sans décortiquer les liens profonds qu’elle tisse avec l’homme : « Le corps est ce qui définit l’architecture, répète, à l’envi, l’architecte. Il faut que l’architecture accueille la joie de vivre des hommes. Sinon, notre corps n’est pas attiré vers elle. » Là réside le véritable défi !

« Tadao Ando, le défi »,
jusqu’au 31 décembre, au Centre Pompidou, Place Georges-Pompidou, 75004 Paris.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°510 du 2 novembre 2018, avec le titre suivant : L’architecture lumineuse de tadao ando

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