La tragédie du paysage

Vienne offre un nouveau regard sur Friedrich

Le Journal des Arts

Le 5 juin 1998 - 409 mots

Reste-t-il quelque chose à apprendre du grand peintre romantique Caspar David Friedrich ? Inventeur, selon David d’Angers, de la “tragédie du paysage�?, il n’est pas venu immédiatement à ce genre qui lui a apporté célébrité et estime. Cette lente genèse est restituée par l’exposition du Kunsthistorisches Museum de Vienne, à travers 120 dessins et 24 toiles.

VIENNE - “Nous savons vraiment beaucoup de choses sur Friedrich, explique le commissaire de l’exposition, Thomas Kellein. Nous connaissons largement sa vie familiale, sa carrière professionnelle, les lieux où il a vécu et travaillé. On a prétendu que tout avait été dit. Pourtant, le devenir même de l’artiste reste à décrire. Quelles œuvres ont joué un rôle réel dans cette période ? Pourquoi, à partir des dessins de jeunesse, se sont cristallisés certains thèmes déterminés, des techniques et des compositions précises ? Pourquoi, après quinze ans d’“apprentissage”, recommence-t-il à zéro en 1809-1810 avec Le Moine au bord de la mer et Abbaye dans la forêt de chênes ?”. Pour éclairer les méthodes et les techniques du peintre, près de 150 œuvres ont été sélectionnées : 120 dessins et aquarelles, ainsi que 24 grandes toiles : “Friedrich a été un artiste méthodique et pragmatique, poursuit Thomas Kellein, et il s’est ouvert un chemin dans le monde de l’art en passant du particulier au général. Des études d’anatomie, il est passé aux portraits, puis aux représentations de fleurs et de plantes, puis aux écueils et aux ruines, enfin, aux paysages proprement dits. Ce n’est qu’après 1811 que sa peinture mûrit jusqu’à posséder cette grammaire figurative qui lui est propre.”

Les œuvres, venues pour la plupart de nombreux musées allemands, retracent le parcours de l’artiste : de ses essais d’étudiant à Greifswald (1790-1794), puis à l’Académie de Copenhague (1794-1798), aux premiers dessins et aquarelles avec des paysages profonds, dé­pouillés. Il ne manifeste pas avant 1807 son intérêt pour les peintures à l’huile aux atmosphères suggestives, qui ont fait son succès aussi bien auprès des écrivains Goethe et Kleist que des familles régnantes de Prusse et de Russie. Malgré une symbolique un peu ostentatoire, des tableaux comme Plage dans la brume (1807), Le Crucifix dans la montagne (1812), Le Voyageur devant une mer de nuages (1818) ou Les Âges de la vie (1834), révèlent une vision de la nature inséparable du sentiment religieux.

CASPAR DAVID FRIEDRICH (1774-1840), jusqu’au 26 juillet, Kunsthistorisches Museum, Burgring 5, Vienne, tél. 43 1 525 24 403, tlj sauf lundi 10-18h, jeudi 10h-21h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°62 du 5 juin 1998, avec le titre suivant : La tragédie du paysage

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