Vendredi 23 février 2018

La fleur et le raisin

La nature vue par les artistes à Nantes et à Bordeaux

Le Journal des Arts

Le 8 juillet 2008

Il existe bien des façons d’aborder l’histoire de l’art. Deux expositions, l’une à Gétigné, l’autre à Bordeaux, ont choisi le mode thématique, avec pour point commun la Nature. Tandis que la première tente une ambitieuse histoire de la flore et de sa représentation par les artistes, la seconde s’intéresse à un fruit qui, avant de faire la gloire du vignoble bordelais, a constitué un motif privilégié de méditation pour les peintres de natures mortes aux XVIIe et XVIIIe siècles.

NANTES/BORDEAUX - “Les plantes semblent avoir été semées avec profusion sur la terre, comme les étoiles dans le ciel, pour inviter l’homme par l’attrait du plaisir et de la curiosité à l’étude de la nature”, notait Jean-Jacques Rousseau dans ses Rêveries du promeneur solitaire. Étude et plaisir, l’ambitieuse histoire de la flore et de sa représentation par les artistes que propose la Villa Lemot oscille entre ces deux pôles, et souligne le lien qui, du XVIIe au XIXe siècle, unit la curiosité botanique, le développement des sciences naturelles et le sentiment de la nature aux différentes formes d’expression artistique. Autour de 1600, une véritable folie s’était emparée des Hollandais, qui s’arrachaient à des prix déraisonnables des fleurs, souvent étranges, venues de contrées lointaines. Pour garder une trace de ces trésors éphémères, les collectionneurs demandaient souvent aux artistes de les peindre, une sorte d’assurance contre le passage des saisons. L’exposition de La Garenne-Lemot oublie cet épisode fameux et débute son parcours vers 1630 en France, avec Gaston d’Orléans. Le frère de Louis XIII, qui avait hérité de sa mère Marie de Médicis la passion de la botanique, avait demandé à des miniaturistes de peindre pour son cabinet de curiosités des fleurs (et des oiseaux) sur vélin. En 1644, il confie cette tâche à Nicolas Robert. Il réalisera jusqu’en 1660 des planches de fleurs au naturel peintes à la gouache, avant de travailler pour Louis XIV. Ainsi allait prendre forme la “collection des vélins du Roi”, aujourd’hui conservée au Muséum d’histoire naturelle, à Paris. À la fin du siècle suivant, cette tradition est perpétuée par Gérard van Spaendonck et, surtout, par son successeur Pierre-Joseph Redouté. Autant d’œuvres présentées ici aux côtés d’une importante production porcelainière du XVIIIe siècle, qui faisait un usage immodéré des motifs floraux, des fleurs en porcelaine de Meissen aux semis de bleuet barbeau sur les objets de Sèvres. Le XIXe siècle voit même fleurir les tableaux de fleurs en porcelaine...

Conçue dans une perspective artistico-botanique, “Flore” laisse rapidement de côté les tableaux de chevalet et ignore volontairement la symbolique des plantes. L’exposition du Musée des beaux-arts de Bordeaux explore au contraire toutes les subtilités contenues dans la représentation d’un motif particulier, la grappe de raisin. Région oblige, les trente-trois natures mortes rassemblées dans “Les raisins du silence” déclinent en effet toutes ses mises en scène possibles, de l’exercice du trompe-l’œil à l’allégorie baroque de l’automne. À tous points de vue, le choix d’une iconographie ampélographique n’est pas indifférent : d’un côté, il rappelle l’anecdote du concours entre Zeuxis et Parrhasios, rapportée par Pline, de l’autre, il invite à la méditation sur le sacrement de l’Eucharistie. Pour illustrer leur propos, les commissaires ont retenu dans leur sélection plusieurs artistes de premier plan, parmi lesquels se distinguent Juan de Zurbarán pour l’Espagne, Louise Moillon, Pierre Dupuis, Largillière, Desportes, Anne Vallayer-Coster pour la France, ou encore Ruoppolo et Luca Forte pour l’Italie, sans oublier les peintres nordiques : Abraham Mignon, Jan Davidsz. de Heem, van Hulsdonck...

- FLORE, DU NATUREL AU COMPOSÉ, jusqu’au 30 août, La Garenne-Lemot, 44190 Gétigné, tél. 02 40 54 75 85, tlj sauf mardi matin 10h-12h30 et 14h-19h. Catalogue, 50 p., 120 F. - LES RAISINS DU SILENCE, CHEFS-D’ŒUVRE DE LA NATURE MORTE EUROPÉENNE DU XVIIe ET DU XVIIIe SIÈCLE, jusqu’au 30 août, Musée des beaux-arts, 20 cours d’Albret, 33000 Bordeaux, tél. 05 56 10 17 18, tlj sauf mardi 11h-18h. Catalogue, 80 p., 120 F.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°86 du 2 juillet 1999, avec le titre suivant : La fleur et le raisin

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