Mercredi 18 septembre 2019

Design

La 2e Biennale de Chaumont se tourne vers de nouveaux médias

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 19 juin 2019 - 865 mots

Le rendez-vous de la création graphique s’ouvre timidement au numérique et à la 3D. Hormis le traditionnel Concours d’affiches bien pourvu, le visiteur reste sur sa faim à cause du faible nombre de pièces.

Chaumont. La deuxième Biennale internationale de design graphique de Chaumont investit jusqu’au 22 septembre, sous la thématique « Post Medium », les 900 m2 d’espaces d’exposition du Centre national du graphisme (CNG) – appelé aussi « Le Signe » – avec des présentations qui mettent à l’honneur la création graphique dans tous ses états. La scénographie, efficace, est signée Kevin Cadinot. Comme à l’accoutumée, l’événement phare est le Concours international d’affiches – 28e du nom, il a été lancé en 1990 –, lesquelles illustrent la richesse du domaine : noir et blanc ou couleur, écriture informatique ou typographie manuelle, dessins et fausses perspectives, incrustation ou non de photographie, message livré frontalement ou avec une part d’énigme, série ou tirage unique… La façon de « dire » les choses est à la fois légion et passionnante, depuis le trio helvète Supero, avec une accroche mystérieuse et puissante pour la Nuit de la photo de La Chaux-de-Fonds (Suisse), jusqu’au trio hexagonal Formes vives, avec une sérigraphie cocasse pour les Éditions Ultra. Sur les 1 500 propositions réceptionnées – travaux datant de ces cinq dernières années et ayant impérativement fait l’objet d’une commande –, 110 ont été sélectionnées ; l’un des critères, notamment, étant la qualité d’impression. Décerné à l’ouverture de la Biennale, le Grand prix de cette édition 2019 échoit au tandem parisien Alexandre Dimos et Ghislain Triboulet, alias le studio deValence, pour son travail au long cours [voir illustration] conçu pour le Centre dramatique national La Commune, à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis).

Vers les nouvelles technologies

La grande nouveauté, cette année, est l’élargissement – une première ! – du champ du design graphique vers d’autres supports que les deux habituelles dimensions, en l’occurrence : supports numériques et 3D (textile ou installation). Ainsi en est-il, au premier étage du CNG, de cette présentation intitulée « Post-Medium » (jusqu’au 14 juillet), laquelle a donné son titre à la Biennale. On y retrouve plusieurs pièces qui usent du graphisme de manières différentes, tels ce jeu vidéo quasi vintage Playbour : Rollplay Reality, signé du duo The Rodina, ou ces rafraîchissants tapis tissés par Laura Knoops à partir de logiciels disponibles en open source. Idem avec cette plaisante sélection d’extraits animés, dont celui de Dia Studio qui dompte à merveille de remuantes typographies, dans ce film projeté à même la paroi de béton. Seul hic : on ressort de « Post-Medium » avec une sensation de « trop peu ». Ce n’est point la qualité qui est en cause, mais le nombre d’œuvres nécessaires pour conforter la démonstration. Il en va de même avec les trois autres expositions. Ainsi, le volet « historique », « La Fabrique de l’image » (jusqu’au 14 juillet), montre-t-il, certes, des documents rares – esquisses et autres « repentirs » datant du XIXe siècle –, mais ceux-ci se comptent sur les doigts de la main, alors que la collection d’affiches anciennes du CNG avoisine les… 5 000 pièces. Idem avec l’installation en deux parties concoctée par Karl Nawrot et intitulée Phénomènes, grâce à laquelle le visiteur peut, un tant soit peu, s’immiscer dans le processus de création de l’artiste. Dans une vitrine, ce graphiste inspirant a installé toute une collection de formes en tous genres, mini-maquettes en 3D qu‘il a créées et qui lui servent ensuite à imaginer typographies et autres créations graphiques en mouvement, comme en témoigne le film projeté à côté de ladite vitrine. C’est, enfin, aussi le cas pour cette exposition à ne rater sous aucun prétexte : la dernière recherche d’un singulier graphiste trop tôt disparu, Frédéric Teschner (1972-2016), poignée de sublimes gravures en aquatinte à la profondeur inégalée, une série baptisée « Rue de Paris ». Hormis le traditionnel Concours d’affiches, fatalement bien pourvu – compétition oblige –, force est de constater que le visiteur reste un peu sur sa faim.

Un budget freiné par les coûts du centre national du graphisme  

Économie. Point n’est besoin de chercher loin la raison de la « réduction de voilure » du budget de la manifestation (750 000 €), en regard des éditions des deux précédentes décennies, alors baptisées Festival international de l’affiche et du graphisme. Les fonds ont notamment servi à la construction du Centre national du graphisme (CNG), édifice conçu par l’agence d’architecture Moatti-Rivière et inauguré en octobre 2016, dont le coût s’élève à 13 millions d’euros (source : direction régionale des Affaires culturelles Grand Est). Pour 2019, le budget de fonctionnement de l’équipement, selon Hugo Lucchino, son secrétaire général, se situe, lui, « autour de 1,7/1,8 million d’euros, dont 750 000 euros de la Ville, 400 000 euros de la Région et autant de l’État, auxquels s’ajoutent des financements de partenaires privés ». Or, dès novembre 2016, le graphiste Vincent Perrottet, conseiller scientifique du CNG, interpellait les pouvoirs publics – en particulier le ministère de la Culture et la Région – à travers une pétition intitulée « Un grand signe pour un regard citoyen », dans laquelle il estimait le budget de fonctionnement d’une telle structure à, au minimum, trois millions d’euros par an. Il n’a, pour l’heure, pas été entendu, ce qui augure encore quelques biennales de « vaches maigres ».

 

Christian Simenc

« Biennale internationale design graphique »,
Centre national du graphisme, 1, place Émile-Goguenheim, 52000 Chaumont, www.centrenationaldugraphisme.fr.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°526 du 21 juin 2019, avec le titre suivant : La 2e Biennale de Chaumont se tourne vers de nouveaux médias

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