Mercredi 12 décembre 2018

fondation

Jawlensky et ses amis suisses

L'ŒIL

Le 1 février 2001 - 327 mots

En juillet 1914, Alexej Jawlensky et son amie Marianne Werefkin, tous deux ressortissants russes, quittent précipitamment l’Allemagne pour se réfugier en Suisse, à Saint-Prex, près du Lac Léman, puis à Ascona à partir de 1918. Ce nouvel exil marque une rupture et favorise l’émergence de la personnalité profonde de l’artiste. « Je pris conscience qu’à travers toutes mes souffrances je m’étais transformé, et qu’il me fallait maintenant découvrir d’autres formes et d’autres couleurs pour exprimer mes sentiments. Je commençais ce qu’on a appelé les variations sur thème de paysage. Je travaillais à partir de la vue de ma fenêtre : quelques arbres, un chemin, le ciel ». Avec ces Variations qui inaugurent une démarche sérielle, Jawlensky trouve une voie, proche de l’abstraction, qui lui permet d’exprimer « les exigences de (son) moi spirituel ». Loin de « la veine colorée, puissante, sensuelle » qui avait été la sienne à Munich, il poursuit un travail de décantation de la réalité et de réduction formelle qui, en proportion inverse, décuple la force poétique de sa peinture. A ces premières Variations, succèdent les merveilleuses Têtes mystiques et les Faces du Sauveur. Ces visages archétypaux sont réduits à leurs signes élémentaires, l’ovale du visage encadré de boucles, la verticale du nez, les yeux en amande. La grâce et l’impression de spiritualité intense mais sereine reposent sur la simplicité des rythmes, la limpidité et la mesure des couleurs. Les premières Têtes abstraites, de construction plus sévère, avec leur visage en forme de U et leurs yeux clos, expriment une absolue introversion. Au mysticisme « fleuri » des séries précédentes, elles opposent une opacité ésotérique. Le séjour de l’artiste en Suisse, jusqu’en 1921, fut aussi fécond sur le plan des échanges. Jawlensky fréquente en effet de nombreux artistes : Arp, Hodler, Janco, Klee, Lehmbruck, Ball, Richter... L’exposition s’attache à reconstituer ce milieu, en confrontant les œuvres « suisses » de Jawlensky avec celles de ses amis.

LAUSANNE, Fondation de l’Hermitage, jusqu’au 13 mai.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°523 du 1 février 2001, avec le titre suivant : Jawlensky et ses amis suisses

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque