Art moderne

Jacqueline Delubac, itinéraire d’une collectionneuse

Par Maureen Marozeau · Le Journal des Arts

Le 30 décembre 2014 - 486 mots

Le Musée des beaux-arts de Lyon rend hommage à sa bienfaitrice qui lui fit un don providentiel de 38 œuvres exceptionnelles.

LYON - « En la quittant, je suis littéralement sur un nuage, et je me souviens avoir marché un long moment pour tenter de me calmer… Je croise sur un pont, sans le reconnaître, un bénévole du musée de Lyon, qui racontera à mon épouse m’avoir trouvé étrange, mais apparemment très heureux… ». Plus de vingt ans après les faits, Philippe Durey, directeur du Musée des beaux-arts de Lyon de  1986 à 2000, relate avec émotion sa rencontre avec Jacqueline Delubac (1907-1997) et leur pas de deux au terme duquel la comédienne fétiche de Sacha Guitry décide de confier sa collection d’art au musée lyonnais. Ce legs d’une quarantaine de tableaux et sculptures impressionnistes et modernes fut une acquisition majeure pour l’institution, qui n’aurait jamais pu s’offrir autant d’œuvres signées Bacon, Manet, Degas, Bonnard, Léger ou Renoir. Dix-sept ans après sa mort, le musée rend un hommage appuyé à sa bienfaitrice, dans un parcours hagiographique célébrant sa carrière et sa personnalité.

« Jacqueline Delubac s’est peu exprimée sur ses choix, qu’elle faisait seule et, semble-t-il, plutôt d’instinct ». Comme par réaction à ses deux maris, Sacha Guitry (1935-1939) et le diamantaire Myran Eknayan (1981-1985) tous deux collectionneurs d’art impressionniste, Jacqueline Delubac a opté pour l’art moderne. Elle qui avait abandonné sa carrière dans les années 1950 pour se prémunir d’un destin de vieille actrice, écumait les galeries et côtoyait des artistes comme Hans Hartung. Son appartement du Quai d’Orsay, haut lieu de mondanités parisiennes, offrait un mélange de chic bourgeois et de pièces aussi avant-gardistes que les chaises anthropomorphes de Ruth Francken. Jacqueline Delubac achetait peu mais bien. Avec le même instinct, elle a préféré confier sa collection à sa ville natale, consciente que ses tableaux se seraient noyés dans un musée parisien.

Reconstitution de son appartement
L’impeccable scénographie signée Nathalie Crinière inscrit les œuvres issues de la collection de Jacqueline et de l’ensemble impressionniste que lui avait légué son second mari dans une évocation de l’appartement du Quai d’Orsay. L’accrochage d’origine et ses juxtapositions audacieuses sont respectés dans la mesure du possible, tels ces deux lions en bronze doré d’après Louis Boizot (v. 1786) qui montent la garde devant Le Verre d’eau V (1967) de Jean Dubuffet. En parallèle, la vie personnelle et la carrière de la femme la plus élégante de Paris sont retracées par le biais de documents d’archives et de portraits photographiques, dont la surabondance donne le sentiment d’un parcours délayé – une analyse plus poussée de ses rapports avec les galeristes et les artistes aurait été bienvenue. Un extrait de l’émission Le Divan d’Henri Chapier en 1992, dans lequel Jacqueline Delubac exprime sa passion pour la peinture, fait revivre une femme de caractère, à la gaieté et l’énergie communicatives. Philippe Durey n’a plus à se justifier d’être tombé sous son charme…

Jacqueline Delubac, le choix de la modernité. Rodin, Lam, Picasso, Bacon

Jusqu’au 16 février 2015, Musée des beaux-arts de Lyon, 20, Place des Terreaux, 69001 Lyon, tél. 04 72 10 17 40, www.mba-lyon.fr, tlj sauf mardi et jours fériés 10h-18h, 10h30-18h le vendredi, entrée 7 €, catalogue, coédité par le musée et Actes Sud, 240 p., 29 €.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°426 du 2 janvier 2015, avec le titre suivant : Jacqueline Delubac, itinéraire d’une collectionneuse

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