Jeudi 13 décembre 2018

Ivoires d’Afrique l’art du raffinement

Musée du quai Branly, jusqu’au 11 mai 2008

Par Laure Meyer · L'ŒIL

Le 26 février 2008 - 319 mots

Luxueux, séduisants, les ivoires africains affirment leur présence apaisée dans l’exposition du musée du quai Branly. Rare et coûteux, privilège du souverain, l’ivoire n’a jamais été utilisé que pour des usages nobles. L’exécution de ces objets de prestige n’était confiée qu’à des artistes talentueux qui ont su tirer le meilleur parti du blanc crémeux et des courbes douces des défenses d’éléphant.
En une vingtaine d’objets judicieusement choisis, ce grand connaisseur des arts africains qu’est Ezio Bassani réussit à faire comprendre le rôle de toutes les pièces exposées, objets de curiosité tout autant qu’œuvres exotiques et luxueuses à part entière. Ces ivoires étaient sculptés sur les côtes d’Afrique, en Sierra Leone, à l’embouchure du Congo et au Nigeria actuel. Certains étaient produits pour des chefs locaux, comme ce Sceptre d’une élégante rigueur, orné seulement d’une poignée sculptée.
Mais beaucoup de ces ivoires, rapportés par des navigateurs portugais, étaient destinés aux princes
européens. Les Olifants sont des cors de guerre ou de chasse dont la forme courbe rappelle la défense de l’éléphant, leur surface s’orne souvent en très léger relief de délicates images de chasse ou de silhouettes très stylisées de crocodiles. On en trouve dès 1553 parmi les biens de Cosme de Médicis à Florence. En théorie, les olifants destinés à l’Europe étaient reconnaissables à certains détails, l’embouchure au sommet, les anneaux de suspension, les motifs décoratifs copiés sur des livres de dévotion. Mais en fait, tout est plus complexe.
Pour les tables princières d’Europe, cuillères et salières sculptées en ivoire, merveilles de raffinement, sont des objets d’une telle fragilité qu’ils excluent toute utilisation pratique. Mais qu’importe ce côté pratique ? Ces objets rappellent une période où les cultures ont réellement pu dialoguer. Ils révèlent l’existence jusqu’alors insoupçonnée de cultures africaines très développées et la virtuosité reconnue de leurs artistes.

« Ivoires d’Afrique », musée du quai Branly, 37 quai Branly, portail Debilly, Paris VIIe, www.quaibranly.fr, jusqu’au 11 mai 2008.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°600 du 1 mars 2008, avec le titre suivant : Ivoires d’Afrique l’art du raffinement

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