Herman de Vries, être nature

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 avril 2003

Si, au vu de ses travaux, on peut être tenté de qualifier l’œuvre d’Herman de Vries de « naturaliste », c’est qu’elle est constituée de toute une production faite quasi exclusivement d’éléments naturels, sinon de dispositifs destinés à préserver la nature. Compositions de feuilles et de plantes aux allures d’herbiers, tableaux abstraits de végétaux tombés sur papier, dessins de terre, de charbon de bois et de cendres, tapis de fleurs de lavande, écritures en rangs serrés de mots essentiels, sanctuaires enfin de jardins libérés : l’art d’Herman de Vries est polymorphe. En revanche, l’artiste n’a qu’une seule et unique préoccupation :  établir la plus parfaite égalité entre nature, vie et art. « Pour mettre en œuvre la végétation ou les plantes dans l’art, il faut à l’artiste une connaissance approfondie des éléments avec lesquels il travaille », déclare-t-il dans l’un de ses textes. De ce point de vue, de Vries est bien placé. Ancien naturaliste, il connaît les choses de la nature et sait bien que les idéaux du zen qu’il avoue poursuivre – asymétrie, simplicité, spontanéité, absence de formalisme, etc. – siègent dans un « état naturel et nulle part ailleurs ». Tout aussi philosophe que plasticien, Herman de Vries multiplie « textes & faits », comme s’intitule l’exposition des travaux qu’il présente ce printemps chez Aline Vidal, avec ce souci de mettre tout sur le même plan, à l’ordre d’une seule et même expérience du monde. De Vries est l’ennemi juré de toute hiérarchie et il professe l’horreur des majuscules. Obsédé par la question de l’être, il proclame à qui veut bien l’entendre que la séparation entre soi et le monde n’est qu’illusion. Véritable apôtre d’une nécessité de vivre la nature en tant qu’unité, dans un rapport immédiat et actuel, Herman de Vries quête après une réalité primaire, sinon première, qui permette à l’homme « d’aborder les manifestations du vivant en respectant le message qui leur est propre ». Une façon très personnelle de penser l’art en cherchant à faire œuvre de salubrité existentielle.

PARIS, galerie Aline Vidal, 60 rue Bonaparte, VIe, tél. 01 43 26 08 68, 8 mars-30 avril.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°546 du 1 avril 2003, avec le titre suivant : Herman de Vries, être nature

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