Lundi 10 décembre 2018

Gary Webb

Sculptures à prises multiples

Par Manou Farine · L'ŒIL

Le 1 avril 2006 - 353 mots

Qu’est-ce que c’est que ces bizarreries ? Appétissantes, désirables, pimpantes, baroques, indescriptibles, aérodynamiques, brillantes, irritantes, les sculptures de Gary Webb ont cette immédiateté propre aux objets qui ne se réfèrent qu’à eux-mêmes. Tout juste trentenaire, la (jeune) coqueluche de la scène britannique poursuit son fulgurant chemin. Le marché ne s’y est pas trompé, qui flatte ces drôles de douceurs formelles, sculptures d’appartement synthétiques, au chromatisme et aux formes en surrégime.
D’une autonomie parfaite, ces assemblages insoupçonnés de textures et de couleurs ramènent la sculpture à son langage le plus souverain. Les bidules de Gary Webb ne représentent, n’illustrent, ne racontent rien. Ils parlent tout au plus de la pratique sculpturale et abordent, de biais, abstraction et figuration avec une séduction toute joviale.
Qu’on en juge plutôt : une longue tige tubulaire jaune et courbe, élevée en un hypothétique instrument à cordes, duquel pendent quelques succulents rochers vernissés. Rouges, roses, orangés, noir laqué, les gros cailloux moirés dessinent d’improbables guirlandes, tandis que quatre transistors surplombent le dispositif et diffusent un son crépitant. 
Les sculptures de Gary Webb semblent avoir été conçues pour épuiser celui qui se risquerait à les décrire et à en énumérer les matériaux, tantôt mous, tantôt transparents, tantôt plastiques et luisants, en plaque, en tube ou en perforations. Une démonstration en une seule pièce : tout est possible. Et la sculpture de s’offrir en représentation.
Comme celle-ci, qui allie une structure métallique noire en déséquilibre assurant la suspension horizontale d’une rangée de boudins en caoutchouc et d’une sorte d’assise de banc moelleuse et rose. Dans son prolongement, trois lamentables fanions dorés donnent souffle à l’engin.
Un peu clinquante, un peu sucrée, hésitant qui du bon, qui du mauvais goût, affichant crânement le plaisir de la couleur, du dessin et de leur amalgame savant dans l’espace, la douzaine d’œuvres présentée à Genève donne un aperçu des œuvres les plus récentes et de la manière décomplexée avec laquelle Gary Webb associe matières synthétiques et finitions luxueuses. Pacotille lustrée et design racé.

« Gary Webb », Centre d’art contemporain, rue des Vieux-Grenadiers, 10, Genève, tél. 41 (0)22 329 18 42, www.centre.ch, jusqu’au 30 avril 2006.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°579 du 1 avril 2006, avec le titre suivant : Gary Webb

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