Lundi 28 septembre 2020

Résonances

Françoise Pétrovitch au pays des merveilles

Par Henri-François Debailleux · Le Journal des Arts

Le 13 septembre 2016 - 727 mots

À Marseille, l’artiste présente ses grandes toiles, tandis qu’au château de Tarascon son registre animalier dialogue avec le décor des lieux.

MARSEILLE/TARASCON - Invitée par le Fonds régional d’art contemporain (Frac) PACA de Marseille, en partenariat avec le château de Tarascon Centre d’art René d’Anjou, Françoise Pétrovitch a concu un parcours et une scénographie adaptés  à chaque lieu reposant sur des résonances et confrontations entre ses œuvres. À Marseille, l’espace rez-de-chaussée du Frac est vaste (600 m2) et haut de plafond (8 mètres en moyenne, et même 12 mètres à certains endroits). Pour l’artiste (née en 1964) qui occupe aussi le premier étage, s’offrait donc avec « S’absenter » une belle occasion de présenter des grands formats, aussi bien avec ses lavis qu’avec ses toiles.

Effets d’échelle

En ce qui concerne les premiers, Françoise Pétrovitch avait déjà expérimenté les grandes tailles, notamment en diptyque au dernier salon Drawing Now, sur le stand de la galerie Sémiose. Ici on en découvre cinq, immenses (2,50 m x 1,70 m), de la série bien nommée « Étendu », sur un mur de 37 m de longueur. Sur toile, le défi était de taille : il s’agissait d’abord d’une grande première à cette échelle, mais aussi de dépasser les succès mitigés que Françoise Pétrovitch avait rencontrés avec la peinture après avoir principalement travaillé le papier et la céramique depuis ses débuts en 2000. « Il fallait bien apprendre », précise-t-elle. C’est dorénavant chose faite. Le pari est d’autant plus réussi que ses toiles témoignent de la fluidité, de la légèreté et la transparence qu’elle maîtrise si bien dans ses autres disciplines. En outre, accrochées à côté des papiers, elles permettent la comparaison immédiate, la supportent très bien et créent d’intéressants compléments de sujets et propositions de peinture. L’ensemble est titré « S’absenter », comme le font les corps dessinés en réserve – le fond du papier blanc – dans les lavis ou comme ces blocs de blanc qui, dans les toiles, entourent les personnages, peints cette fois, et introduisent une part d’abstraction, aèrent l’image, semblent la suspendre.

Poésie in situ

Montée conjointement à la première, la deuxième exposition de Françoise Pétrovitch dans la région se tient dans le château du XVe siècle de Tarascon. Là, les vieilles pierres et les dédales ont remplacé les murs blancs du white cube et la sélection d’une quarantaine d’œuvres montre que le travail de l’artiste s’exporte très bien dans d’autres contextes. Plutôt que de s’imposer au lieu, l’artiste a choisi de s’y glisser, de jouer sur les correspondances entre l’iconographie du château et la sienne. Le bestiaire fantastique du premier répond à ses renards, lapins, cerfs… de même que son univers merveilleux dialogue avec finesse et souvent avec humour, avec la fantasmagorie de certains décors de l’édifice. Cette fois le spectateur ne regarde plus l’œuvre uniquement pour elle-même, mais en relation avec son cadre. De salle en salle s’écrivent d’intelligentes correspondances, rappelant au passage, si besoin en était, que la rencontre bien réfléchie du patrimoine et de l’art contemporain peut générer de féconds dialogues. Dans l’appartement princier au premier étage, par exemple, une grande tapisserie, initiée et produite par Aldo Bastié, le conservateur du Château, semble avoir toujours fait partie du lieu. Dans d’autres appartements, trois peintures intitulées « Verdures » (également le titre de l’exposition) jouent sur la relation du paysage et des personnages comme dans les tapisseries du XVe siècle. Dans la Galerie d’honneur, une céramique Le ventriloque, évoquant un personnage et sa marionnette, reprend l’idée du double et du dialogue avec les bustes de René d’Anjou et Jeanne de Laval. Et partout la splendide lumière du château joue avec les transparences et reflets des œuvres – encres comme céramiques – de l’artiste.

Les deux expositions rappellent la diversité des disciplines pratiquées par François Pétrovitch (lavis, céramique, peinture, vidéo…) et la richesse de ce monde singulier, qu’elle a construit et consolidé au fil du temps. Montrer cet univers dans des contextes aussi différents et complémentaires invite à sa relecture de façon inattendue. Un univers articulé autour des souvenirs et du rêve, de la réalité et de la fiction. Un pays fantasque, étrange, hybride, grinçant, tour à tour inquiétant, drôle et poétique, peuplé d’animaux, de jouets brisés, d’objets variés et de personnages entre enfance et adolescence, dans lequel Alice aurait trouvé de nouvelles merveilles.

Les expositions

S’ABSENTER
Commissaires : Pascal Neveu, directeur du Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur et Aldo Bastié conservateur du château de Tarascon.
Nombre d’œuvres : 90

Verdures
Commissaires : Aldo Bastié conservateur du château de Tarascon.
Nombre d’œuvres : 40

Toutes les expositions

FRANCOISE PETROVITCH, S’ABSENTER, jusqu’au 30 octobre, Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur, 20 boulevard de Dunkerque, 13002 Marseille, tél. 04 91 91 27 55, www.fracpaca.org, mardi-samedi 12h-19h, entrée 5 €, dimanche 14h-18h entrée gratuite.

VERDURES, jusqu’au 30 octobre, château de Tarascon-Centre d’art René d’Anjou, boulevard du roi René, 13150 Tarascon, tél. 04 90 91 01 93, www.chateautarascon.fr, juin-septembre, tlj 9h30-18h30, octobre 9h30-17h30, entrée 7,50 €.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°463 du 16 septembre 2016, avec le titre suivant : Françoise Pétrovitch au pays des merveilles

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