Mercredi 17 octobre 2018

Dessin

Fragonard, l’inaltérable légèreté de l’être

Le Journal des Arts

Le 23 janvier 2004 - 532 mots

Après Michel-Ange et Lorenzo Di Credi, et selon un principe d’« accrochage » plus que d’exposition, le Louvre dévoile son riche fonds de dessins de Fragonard.

 PARIS - Après avoir montré les feuilles de Michel-Ange puis celles de Lorenzo Di Credi conservées au Louvre, le Département des arts graphiques accueille 46 dessins de Jean-Honoré Fragonard. Ces « accrochages », qui mettront prochainement à l’honneur Ingres et Delacroix, soulignent certains des points forts des collections graphiques du musée. Mais, de l’avis même de certains conservateurs de l’institution, ces présentations tendent, en raison de leur faible coût de production, à prendre dangereusement le pas sur les expositions proprement dites. Or, contrairement à ces dernières, elles ne permettent ni confrontations inédites entre des œuvres provenant de lieux différents, ni démonstration ou réflexion d’envergure sur l’œuvre ou la carrière d’un artiste. Leur muséographie elle-même est sommaire, se limitant à des présentoirs verticaux ou inclinés et à quelques cartels.
Difficile toutefois de bouder son plaisir devant la collection de Fragonard du Louvre, « une des plus belles et des plus équilibrées qui soit », comparable en importance à celles des plus grandes collections publiques (le British Museum de Londres, l’Albertina à Vienne, le Metropolitan Museum of Art à New York et le Musée des beaux-arts de Besançon), d’après Jean-Pierre Cuzin, auteur du catalogue. Malgré l’absence de feuilles antérieures aux années romaines, cet ensemble donne il est vrai un large aperçu de la carrière du peintre, et illustre la diversité des techniques (pierre noire, sanguine, plume ou lavis) et des sujets (paysages, scènes d’intérieur, compositions religieuses ou copies des maîtres anciens) qu’il maîtrise. Son premier séjour italien – l’artiste, Prix de Rome en 1752, arrive dans la Ville Éternelle en 1756 – donne lieu à des sanguines à la facture légère et finement hachurée, études de drapés ou paysages des environs de Rome telles les remarquables Lavandières. Fragonard s’essaye aussi à la pierre noire, pratiquée de manière plus vibrante encore. Ainsi dans ses croquis d’après les grands maîtres, ses têtes d’expression ou ses vues d’architectures italiennes (la Via Appia et le palais Doria à Gênes). Sans oublier ses esquisses au trait bondissant et impétueux illustrant le Roland furieux de l’Arioste.

Trait impétueux
Mais c’est dans le lavis qu’il se révèle peut-être le plus virtuose, comme en témoignent les copies de Jordaens et de Rubens – en particulier Nessus et Déjanire – qu’il exécute lors de son voyage aux Pays-Bas (entre 1765 et 1772 ?). Variant du blond au brun, cette technique lui inspire de puissantes études d’après nature (les deux Homme assis) et des scènes d’intérieur dans le goût hollandais comme La Lecture, qui offre de superbes contrastes d’ombre et de lumière. Sous le pinceau de Fragonard, le lavis « coule, se répand, se superpose en voiles transparents, en demi-teintes vibrantes puis en pénombres sourdes ». À l’instar de Jean-Pierre Cuzin, on retiendra le talent d’exécution et le caractère enjoué du trait.

JEAN-HONORÉ FRAGONARD, DESSINS DU LOUVRE

Jusqu’au 8 mars, Musée du Louvre, aile Denon, 1er étage, salles 9 et 10 (salles Mollien), 75001 Paris, tél. 01 40 20 53 17, tlj sauf mardi 9h-17h30, lundi et mercredi 9h-21h30, www.louvre.fr. Catalogue coédition 5 Continents-Musée du Louvre, 80 pages, 14 euros.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°185 du 23 janvier 2004, avec le titre suivant : Fragonard, l’inaltérable légèreté de l’être

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