Samedi 28 novembre 2020

Scénographie

Féeries auliques

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 15 février 2011 - 526 mots

Les Archives nationales, à Paris, présentent un fonds graphique méconnu illustrant les décors des grandes fêtes royales.

PARIS - Antoine Angélique Levesque (1709-1767) est encore un personnage dont peu de gens connaissent le nom. Pourtant, c’est grâce à ce joaillier de formation, spécialiste des fausses pierres décoratives, que nous sont parvenues la plupart des images des somptueuses fêtes et cérémonies royales des XVIIe et XVIIIe siècles. En 1752, alors qu’il occupe, comme son père jadis, la fonction de « garde général des magasins des Menus plaisirs de la chambre du Roi », Levesque décide de mettre de l’ordre dans les archives. Il fait alors compiler en sept volumes – l’un sera divisé – 866 dessins et estampes produits par les artistes des Menus plaisirs, l’administration royale en charge des effets personnels de la famille royale mais aussi des divertissements de la Cour.
Signées Deruet, Gissey, Meissonnier, Slodtz, Vigarani ou Servandoni, ces feuilles gardent la mémoire des décors les plus incroyables conçus pour animer le quotidien de la cour à Versailles ou Paris – ballets, opéras et feux d’artifice – mais aussi les cérémonies officielles. La numérisation et la création d’une base de données consacrée à ces documents, conservés dans le fonds de la maison du Roi par les Archives nationales, ont été à l’origine d’une présentation exceptionnelle au public de cet ensemble fragile. 

Des chars célestes aux machines magiques
Dans une scénographie évoquant le caractère éphémère de ces décors, ces belles feuilles ont été accrochées en regard de quelques maquettes, dont celles conçues en trois dimensions par l’un des décorateurs de l’opéra, le Vénitien Algieri, insistant ainsi sur le savoir-faire italien en matière de scénographie théâtrale. De cet ensemble graphique qui donne à voir le luxe de ces décors, émerge notamment la figure de Jean Berain (1640-1711). Le dessinateur de la chambre du Roi, célèbre ornemaniste, a ainsi laissé des dessins de très nombreux décors éphémères, des chars célestes aux machines magiques, sans oublier les nombreux costumes de scène de sa main. La feuille à retombe de Torelli, représentant un projet d’entrée monumentale dans une forêt (vers 1654), témoigne quant à elle du recours à des procédés d’ingénierie élaborés : une transformation mécanique ornée d’une nuée de fumée faisait ainsi disparaître la grande porte monumentale au milieu de la forêt. La pyrotechnie tenait elle aussi une place de choix dans ces festivités, comme l’illustre le Feu d’artifice tiré à l’occasion du mariage d’Elizabeth de France avec Dom Philippe d’Espagne (1739, huile sur toile, Versailles, Musée Lambinet). L’exposition réunit ainsi un concentré de ce décorum baroque fastueux, très prisé de Louis XIV puis de Louis XV, au grand dam des comptables de la Couronne. Comme le souligne toutefois Jérôme de La Gorce, l’un des commissaires, dans le catalogue de l’exposition, l’histoire complète de cet art à part entière reste encore à écrire pour étayer celle du théâtre qui s’est trop souvent limitée à la seule étude des textes. Sans exploiter ces précieuses sources iconographiques.

DANS L’ATELIER DES MENUS PLAISIRS

Commissariat : Jérôme de La Gorce, directeur de recherche au CNRS ; Pierre Jugie, conservateur en chef, section ancienne aux Archives nationales

Scénographie : Delphine Lebovici et Martin Michel

DANS L’ATELIER DES MENUS PLAISIR DU ROI. SPECTACLES, FÊTES ET CÉRÉMONIES AUX XVIIE ET XVIIIE SIÈCLES,

jusqu’au 24 avril, Archives nationales, hôtel de Soubise, 60, rue des Francs-Bourgeois, 75003 Paris, tlj sauf mardi 10h-12h30 et 14h-17h30, samedi et dimanche 14h-17h30. Cat., éd. Artlys, 256 p., 35 euros, ISBN 978-2-85495-439-5

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°341 du 18 février 2011, avec le titre suivant : Féeries auliques

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