Vendredi 23 février 2018

Duchamp-Villon, l’autre Duchamp

L'ŒIL

Le 4 août 2008

De nos jours, Marcel Duchamp éclipse ses frères en notoriété. La postérité du nom repose essentiellement sur ses épaules. Or, la famille compte quelques autres réussites tout aussi passionnantes. Raymond Duchamp-Villon, le frère aîné de Marcel, fut un sculpteur célébré en son temps par l’avant-garde pour avoir ouvert de nouvelles perspectives dans un art alors marqué par l’imposante figure de Rodin. L’exposition que lui consacre actuellement le Musée des Beaux-Arts de Rouen, en collaboration avec le Centre Georges Pompidou, présente pour la première fois un ensemble cohérent des œuvres de cet artiste mort prématurément en 1918. C’est en 1899 qu’il réalise, au sortir de ses études de médecine, ses premières sculptures. Rodin et l’Art Nouveau constituent alors deux modèles absolus. Rapidement, grâce à l’étude du mouvement (Joueur de Football), il commence à repenser l’espace traditionnel de la sculpture. De cette période quasiment inconnue, période de transition déjà marquée par un certain synthétisme des formes, plusieurs œuvres émergent par leurs qualités expressives. Rassemblées pour la première fois, elles permettent de mieux comprendre cette fameuse rupture de 1911, année où Duchamp-Villon s’engage résolument dans une abstraction dynamique. L’impulsion vient alors du groupe d’artistes – Léger, Cocteau, Gleizes, Kupka – formé autour du troisième frère, Jacques Villon, au sein de l’atelier de Puteaux. Dès lors, conscient de l’intérêt du cubisme et du futurisme, Raymond Duchamp-Villon produit en quelques années certaines des œuvres sculptées les plus novatrices. Son chef-d’œuvre, Cheval majeur (1914), témoigne d’une parfaite compréhension de la dynamique futuriste ainsi que d’une volonté de déconstruction des formes qui trouve dans le bronze poli une nouvelle exploitation des jeux de lumière. Agrémentée de nombreux dessins et études, cette exposition trace donc un parcours presque complet d’une œuvre longtemps restée inédite.

ROUEN, Musée des Beaux-arts, jusqu’au 24 mai, cat. éd. RMN, 160 p., 205 ill., 190 F.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°504 du 1 mars 1999, avec le titre suivant : Duchamp-Villon, l’autre Duchamp

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