Dialogue ou monologue ?

Cologne repose la question d’un art universel au XXe siècle

Le Journal des Arts

Le 17 décembre 1999

Pour affirmer une identité régionale menacée par le départ du gouvernement allemand à Berlin, la Rhénanie lance un programme d’expositions sur « l’universalisation » de l’art au XXe siècle. Un exercice difficile que le Musée Ludwig à Cologne n’a pas vraiment réussi, à l’heure des célébrations millénaristes.

COLOGNE - Depuis l’installation du gouvernement dans sa nouvelle capitale, la Rhénanie craint d’être cantonnée dans un rôle secondaire et, pour affirmer son identité régionale, a lancé le projet “L’art universel dans la Rhénanie de l’an 2000”. D’ici à juin, six musées – à Bonn, Cologne, Düsseldorf et Duisburg – présenteront des expositions sur un même thème : l’état de l’art à la fin du XXe siècle. Au Musée Ludwig de Cologne, “Les mondes de l’art en dialogue” se propose d’explorer les dialogues entre les cultures et les échanges artistiques au cours du siècle qui s’achève. Elle s’ouvre sur le Triptyque de Palau (1917) de Max Pechstein et s’achève avec le Livre du ciel (1987-1991) de Xu Bing, installation monumentale de centaines de pages couvertes de caractères chinois inventés formant un énorme dictionnaire inutilisable. Soixante-dix ans séparent l’œuvre de Pechstein, dont le primitivisme a contribué à la création d’un nouveau langage artistique, de celle de Xu Bing, artiste chinois en exil aux États-Unis, qui traite des questions d’identité culturelle dans un langage accessible à la fois à l’Orient et l’Occident.

L’exposition s’inscrit dans la lignée du “Primitivisme dans l’art du XXe siècle”, à New York en 1984, et des “Magiciens de la terre”, à Paris en 1989. Pourtant, Barbara Thieman, l’une des deux commissaires, souligne qu’il ne s’agit pas de “faire une exposition comparative de plus, confrontant l’œuvre d’artistes tels que Picasso avec l’art tribal”. Au contraire, l’objectif est de “montrer la façon dont l’art occidental a perçu les cultures non-occidentales. Ce projet va donc beaucoup plus loin : il présente l’art de la fin du siècle, prend en compte son universalisation au cours des dernières années et l’introduction d’artistes non-occidentaux sur la scène internationale.”

Les collections du musée ayant été reléguées dans les réserves, l’accumulation de 450 œuvres et objets n’offre pas une démonstration convaincante, mais constitue une série de monologues juxtaposés plutôt que des dialogues. Pour un non-occidental, le message peut sembler paradoxal : alors que l’ensemble insiste sur le concept “politiquement correct” de renoncement à l’Eurocentrisme, le continent européen est considéré comme le point de départ obligé de l’exploration des cultures étrangères. Le choix d’une approche chronologique et géographique, qui s’étend successivement à l’Amérique latine, à l’Amérique du Nord, à l’Asie et, finalement, à l’Afrique et à l’Australie, paraît à la fois simpliste et arbitraire. Dans la partie historique, le dialogue se limite à la présentation du phénomène de transfert unilatéral de culture et ignore la diversité des raisons qui ont poussé les artistes à quitter leur pays. Dans la section contemporaine, le projet renonce à l’idée d’une vue d’ensemble traditionnelle et se transforme en biennale. Au lieu de traiter globalement la complexité des transferts culturels, n’aurait-il pas mieux valu en étudier certains aspects précis ? La participation des artistes non-occidentaux au circuit des expositions internationales sera certainement l’une des caractéristiques du XXIe siècle. Mais était-il pour autant nécessaire de présenter cette évolution dans un espace surchargé, proche des foires et salons internationaux ?

LES MONDES DE L’ART EN DIALOGUE, DE GAUGUIN À NOS JOURS

Jusqu’au 19 mars, Musée Ludwig, Bischofsgartenstraße 1, Cologne, tél. 49 221 22 12 34 91, tlj sauf lundi 10h-18h, mardi 10h-20h, samedi et dimanche 11h-18h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°95 du 17 décembre 1999, avec le titre suivant : Dialogue ou monologue ?

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