Mercredi 14 novembre 2018

Delfieu / Herman, en quête d’infini

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 juin 2003 - 395 mots

La terre et le ciel, le relief et le plan, le trait et la couleur, tout distingue les œuvres d’Anne Delfieu et de Jean-Luc Herman. Elles se distinguent mais ne s’opposent pas car elles sont complémentaires. Comme il en est de deux parallèles que tout rassemble sans jamais les croiser, sinon à l’infini. C’est d’ailleurs ce vers quoi tendent les installations de l’une et les monochromes de l’autre en quête d’un indicible qui s’informe dans l’écriture. Du moins est-ce ce que rend visible l’exposition qui les réunit à Compiègne dans l’imposant édifice de Saint-Pierre-des-Minimes. À la nature brute, Anne Delfieu emprunte ses matériaux de terre, de cendre et de branches pour établir toutes sortes de constructions rudimentaires qui tutoient l’architecture. La façon dont l’artiste fait notamment se dresser dans l’espace les éléments de branchage qu’elle retravaille et compose en autant de jeux de voûtes et de colonnes témoigne d’un puissant sentiment d’élévation. Si leur gamme chromatique est dominée par le blanc et le gris, c’est qu’il y va toujours dans son travail de la force d’un ancrage au sol qui accentue leur tension vers le ciel. Comme il en est de ses reliefs muraux dont les branches-écritures se dessinent sur fond immaculé. Pour sa part, l’œuvre peinte de Jean-Luc Herman se voue tout entière au monochrome, quand bien même la couleur peut s’y nuancer de variations subtiles. Étendue à l’aide d’un gros pinceau sur un tissu polyester dont la texture est similaire à celle du papier chiffon,
la couleur se diffuse sitôt appliquée, s’accaparant les deux faces du support. Suspendue, la peinture d’Herman suscite dès lors un espace tout de transparence et d’immatérialité qu’irradie la lumière de chaque plan coloré. Utilisée pure, posée en aplat, la couleur n’est pas chez lui simplement un médium ; elle est un état d’esprit, un état de l’esprit. L’artiste en use comme les poètes le font des mots. D’ailleurs, Jean-Luc Herman ne cesse de les accompagner et son œuvre se double de toute une production de livres d’artiste qui s’en font l’écho. Dans la grande nef centrale de
Saint-Pierre-des-Minimes, Delfieu et Herman trouvent un lieu propice à leur quête tant la qualité d’espace et de silence est appropriée à leur démarche.

COMPIÈGNE (60), Saint-Pierre-des-Minimes, promenade des minimes, tél. 03 44 20 26 04 ; musée Antoine Vivenel, parc de Songeons, tél. 03 44 20 26 04, 21 juin-31 août.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°548 du 1 juin 2003, avec le titre suivant : Delfieu / Herman, en quête d’infini

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