Samedi 24 février 2018

Daumier décapant et décapé

L'ŒIL

Le 14 septembre 2007

Les trente-six bustes des Célébrités du Juste milieu sculptés par Honoré Daumier (1808-1879) retrouvent le musée d’Orsay après plusieurs mois d’étude et de restauration.

Drôles et cruelles, les caricatures de Daumier représentant les personnalités du Juste milieu comptent parmi les plus célèbres œuvres d’un artiste qui ne fut guère reconnu de son vivant en tant que sculpteur. Pourtant Daumier pense en trois dimensions : ses dessins créent un volume, il construit ses compositions par masses et modèle souvent avant de peindre ou de dessiner. La sculpture est dans son cas, à l’inverse de nombre d’artistes, souvent préparatoire à des œuvres bidimensionnelles. Peintre de talent – la remarquable exposition organisée au Grand Palais en 1999 en était la preuve éclatante –, Daumier est un grand caricaturiste dont le trait acéré fait les beaux jours des journaux d’opposition comme Le Charivari et La Caricature, fondés par Charles Philipon (1800-1862) après la révolution de 1830. Ce dernier commande à Daumier la série des Célébrités du Juste milieu, souvent dite des Parlementaires, entre 1832 et 1835. Quarante têtes de notables sont réalisées en terre crue peinte à l’huile, dont trente-six subsistent aujourd’hui, toutes conservées au musée d’Orsay. Ces bustes expressifs montrant les travers humains – la servilité, le reniement, la bassesse, la cupidité… – de personnages imbus de leur personne, pour la plupart gros et ridicules, serviront de modèles à l’artiste pour ses caricatures de presse.
En raison de leur extrême fragilité, ces œuvres en terre crue posent des problèmes spécifiques de conservation et de restauration, dont rend compte cette exposition dossier. Les sculptures ont d’abord fait l’objet d’une étude approfondie au centre de recherche et de restauration des Musées de France. Les restauratrices Agnès Cascio et Juliette Lévy ont privilégié un simple mais minutieux nettoyage des pièces, à l’exception d’une dizaine qui ont subi un traitement plus radical. Cette série a fait l’objet de plusieurs restaurations – en 1878, 1927, 1969, 1979 – si bien que l’on ne sait plus vraiment ce qui est de Daumier ou de la main des restaurateurs successifs. La présente intervention s’est appuyée sur des documents d’archives, notamment les photographies prises en 1861 à l’initiative du fils de Charles Philipon. Cette petite exposition organisée en l’honneur du retour des sculptures dans les salles du musée met en regard l’ensemble des bustes de Daumier – et certaines lithographies qu’elles ont inspirées – avec des portraits « réalistes » des personnalités caricaturées (médaillons de David d’Angers, dessins, gravures…). On y redécouvre avec plaisir la force de ces « têtes d’expressions » qui ont retrouvé le raffinement oublié de leur polychromie.

« Daumier, les célébrités du Juste milieu (1832-1835), étude et restauration », PARIS, musée d’Orsay, 1 rue de la Légion d’Honneur, VIIe, tél. 01 40 49 48 14, www.musee-orsay.fr, 25 mai-28 août, cat. RMN/fondation BNP Paribas, 128 p.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°570 du 1 juin 2005, avec le titre suivant : Daumier décapant et décapé

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