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Courbet, une impression inachevée

Par Élisabeth Santacreu · Le Journal des Arts

Le 13 septembre 2016 - 775 mots

Faute de temps, le Musée Courbet d’Ornans livre une exposition boiteuse sur les signes annonciateurs de l’impressionnisme dans la peinture du maître du réalisme.

ORNANS -  Dans une exposition intitulée « Courbet et l’impressionnisme », le visiteur s’attend à la mise en parallèle d’œuvres du maître d’Ornans et des peintres de la génération suivante. Pourtant, dans la première salle du Musée Courbet d’Ornans qui accueille l’exposition, ne se trouvent ni toile  de Courbet ni œuvre impressionniste et c’est de mauvais augure…

Le parcours s’ouvre sur le thème de la forêt de Fontainebleau et du pleinairisme. Y sont présentées des œuvres de Camille Corot, Charles-François Daubigny, Narcisse Diaz de la Pena et Théodore Rousseau. Certes, Courbet fréquentait ces membres de l’École de Barbizon et « [sa] présence est attestée en 1841 en forêt de Fontainebleau par une œuvre intitulée La Forêt en automne », rapporte le catalogue. Monet, de son côté, a affectionné ces paysages, ce dont témoigne par exemple Le Pavé de Chailly, de 1865. Puisque l’École de Barbizon a été choisie en ouverture, il aurait été heureux d’accrocher ici de telles œuvres et traiter de l’ensemble du paysage, dont on se demande pourquoi une partie est rejetée en fin d’exposition.

Une démonstration confuse

La suite présente les mêmes incohérences. La deuxième section s’intéresse à « La Normandie, berceau de l’impressionnisme » et à l’auberge Saint-Siméon, chère à Eugène Boudin, qui accueillait les peintres près de Honfleur. On y trouve un seul Courbet, Honfleur ou L’Embouchure de la Seine, daté des environs de 1841. La toile est arrivée à Ornans plusieurs semaines après le début de l’exposition, car elle était présentée auparavant au Musée Jacquemart-André pour « L’atelier en plein air » (1859). 1859, c’est justement l’année où Courbet fait la connaissance de Boudin, qu’il aurait demandé à rencontrer après avoir vu l’un des galets qu’il peignait pour les touristes et dont un exemplaire est montré ici. Une année aussi où le déjà très célèbre Courbet expose au Havre. Monet – alors entre Paris et la ville normande – connaît forcément de réputation le maître qu’il rencontrera l’année suivante. Cette salle était donc l’occasion de voir des œuvres de jeunesse de Monet confrontées à celles de Courbet, afin de mesurer l’influence de celui-ci sur celui-là. Malheureusement un seul fac-similé de l’acte de mariage de Monet et Camille Doncieux, en 1870, dont Courbet fut l’un des témoins, évoque leur relation de mentor à jeune artiste. Dans la section suivante, « Paysages de mer », un pastel de Monet, trois Courbet et huit Boudin. Il s’agit donc ici surtout de l’influence de Boudin sur les deux autres peintres. Elle est revendiquée par Monet et on peut la déceler dans les œuvres de Courbet telle Le calme, marine, présentée ici. Mais la démonstration serait plus convaincante en confrontant des œuvres telles que Grosse mer à Étretat de Monet aux travaux similaires de Boudin et Courbet. En guise de consolation, on peut découvrir une très belle Vague inédite de Courbet, qui vient d’être retrouvée chez un particulier. Plus loin est présenté le groupe des Batignolles, sans plus de détail sur la relation complexe entre Manet et Courbet. Dans la section « Déjeuners sur l’herbe », figurent des reproductions de Courbet, Manet et Monet aux côtés du tout petit (17,5 x 25 cm) Boudin de 1866 portant ce titre. Exécuté après les œuvres qui ont révolutionné le thème des personnages contemporains dans un paysage, précisément en raison de leur grande taille, il n’a pas sa place ici.

Préparation trop rapide
Le plus triste est que cette exposition bancale est une véritable prouesse exécutée par ses commissaires. L’une d’elles, Julie Delmas, avoue : « Nous aurions voulu montrer les falaises d’Étretat de Courbet et une forêt de Fontainebleau, mais il en existe très peu. » Il était surtout trop tard : pour des raisons de calendrier politique, le principe de l’exposition d’été n’a été acté qu’en décembre 2015. Réaliser en six mois une manifestation pour laquelle il faut demander des prêts à des institutions françaises et étrangères est impossible. « Heureusement, reprend Julie Delmas, le Musée d’Orsay, avec lequel nous avons un partenariat depuis 2011, a été d’une grande générosité en nous prêtant une quinzaine d’œuvres. Et nous avons aussi fait appel à des canaux différents, les galeries notamment. »

À l’évidence, il a fallu construire l’exposition autour de ce qu’on pouvait rassembler et non en fonction du thème choisi. Le temps a également manqué pour élaborer un audioguide, qui manque malgré les panneaux très détaillés. Alors que les expositions de « Normandie impressionniste » et « Frédéric Bazille » à Montpellier étaient déjà programmées, cela relevait du défi de s’attaquer à un sujet aussi ambitieux que « Courbet et l’impressionnisme ».

Courbet et l’impressionnisme

Commissariat : Frédérique Thomas-Maurin, conservateur en chef du Musée Gustave Courbet ; Julie Delmas, adjointe du conservateur ; Élise Boudon, chargée d’études.

Nombre d’œuvres : une cinquantaine

Courbet et l’impressionnisme

jusqu’au 17 octobre, Musée Courbet, place Robert-Fernier, 25290 Ornans, www.musee-courbet.fr, tous les jours sauf mardi 10h-18h, entrée 8 €. Catalogue coédition Musée Courbet-Silvana Éditoriale, 216 p., 28 €.

Légende Photo :
Gustave Courbet, La vague, 1870, huile sur toile, 54 x 73 cm, Musée des Beaux-arts, Orléans. © Photo : Orléans, Musée des beaux-arts/François Lauginie.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°463 du 16 septembre 2016, avec le titre suivant : Courbet, une impression inachevée

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