Dimanche 16 décembre 2018

musée

Corps brésiliens en expérimentation

L'ŒIL

Le 1 décembre 1999 - 309 mots

On n’a sans doute pas fini de tirer tous les enseignements de ce qui s’est passé dans l’art brésilien durant les années 60. Il y a quelques années déjà, le public français avait pu se familiariser avec l’extraordinaire travail de Hélio Oiticica (Jeu de Paume) puis plus tard avec les pratiques singulières de Lygia Clark (MAC de Marseille). Aujourd’hui c’est au tour des États-Unis de découvrir l’engagement radical de ces artistes inclassables selon nos traditionnelles normes occidentales. Aux deux créateurs précédemment cités, l’exposition actuelle ajoute trois autres noms, encore méconnus dans nos contrées : Gego, Mathias Goeritz et Mira Schendel. L’affinité d’esprit entre ces cinq créateurs prend lentement forme durant les années 50, alors qu’ils constatent combien l’art est éloigné des pratiques culturelles d’un pays où le brassage entre les rites africains et la sophistication européenne offre un cadre unique de syncrétisme. Ainsi, l’œuvre de Lygia Clark émigre en quelques années de la planéité au relief, du relief à l’espace pour ensuite devenir acte, rituel sans mythe pour le corps, objet thérapeutique pour un spectateur en mal de repères. À la même époque Oiticica propose des situations qui doivent être vécues. L’expérience humaine devient couleurs, mouvements, temps dans des installations-performances où le corps explore avec sensualité toutes les facettes de sa subjectivité. Les dessins sur papier de riz de Schendel constituent autant de traces d’actions de son corps, avec ses zones d’ombres d’où jaillissent ses plus secrètes obsessions. Gego et Goeritz étudient sans aucune concession les dimensions organiques, spirituelles et sociales du corps humain. Dans tous ces travaux, la gravité du propos reste toujours assujettie à une sorte de jouissance de vivre, indéniable réconciliation de l’homme avec la vie. Et dans ces temps où la création se complaît volontairement dans un pessimisme de rigueur, celle-ci constitue un plaisir de plus en plus rare.

LOS ANGELES, MoCA, jusqu’au 23 janvier.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°512 du 1 décembre 1999, avec le titre suivant : Corps brésiliens en expérimentation

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