Dimanche 25 février 2018

Chagall

Eclairage naturel

Par Roxana Azimi · L'ŒIL

Le 10 août 2007

Faire une exposition avec un artiste dont on a fait le tour et qui, de surcroît, a produit un corpus aussi important qu’iné­gal relève d’une vraie gageure. Pari réussi avec celle consacrée à Marc Chagall à la fondation Frieder Burda à Baden-Baden.
Choisi par le commissaire Jean-Louis Prat, le titre « Chagall dans une nouvelle lumière » joue sur les mots et sème une certaine confusion. Ceux qui s’attendent à un nouvel éclairage de l’œuvre de l’artiste en sont pour leurs frais. La « nouvelle lumière » provient en fait de l’architecture de Richard Meier. Celui-ci a construit la fondation dans un parc, respectant à la fois la discrétion naturelle de son commanditaire, le collectionneur allemand Frieder Burda, et les susceptibilités des riverains.
Ce bâtiment à taille humaine, abritant l’une des plus belles collections privées d’art allemand, offre certes une luminosité appréciable. Toutefois, ses volumes ne facilitent pas l’accrochage. La grande salle qui accueille d’emblée les visiteurs se révèle très difficile à aménager pour un commissaire, aussi chevronné soit-il. D’autant plus que les très grands formats de Chagall cèdent souvent à un lyrisme mièvre et un foisonnement lassant de bouquets et couples enlacés. Petite exception toutefois avec Les Toits rouges (1953), belle huile sur carton marouflé sur toile récemment restaurée par le Centre Pompidou.
Jean-Louis Prat a donc préféré organiser le parcours à l’étage du musée. L’entrée en matière est engageante, d’autant plus qu’elle correspond à la période la plus féconde de l’artiste. Les flamboyants panneaux du Théâtre juif de Moscou (1920), réalisés avant son départ de la Russie soviétique, ou quelques petits bijoux inédits révèlent la créativité de ce peintre indépendant, étranger à tous les « ismes » en vigueur.
Son goût du surnaturel affleure dans Le Miroir (1915). Celui-ci reflète une lampe à pétrole dégageant une lumière violacée. En bas à gauche, une femme minuscule semble assoupie. Même sentiment diffus d’étrangeté du côté de la Fenêtre de campagne, jouant sur l’intérieur et l’extérieur délimité par un rideau blanc torsadé.
Le commissaire de l’exposition témoigne d’un talent d’accrochage qui n’était pas seulement limité à la fondation Maeght. Ainsi l’idée d’installer un Paysage de L’Isle-Adam (1925) dans une niche en apesanteur au-dessus de la rampe d’escalier du musée s’avère judicieuse. Cette sensation d’élévation prend tout son sens face à un portrait de Bella, première épouse de Chagall régulièrement soumise dans ses tableaux à moult lévitations !

« Chagall dans une nouvelle lumière », Museum Frieder Burda, Baden-Baden, Allemagne, www.sammlung-frieder-burda.de, jusqu’au 29 octobre 2006.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°584 du 1 octobre 2006, avec le titre suivant : Chagall

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