Carlo Lorenese

Le plus italien des Lorrains

Par Sophie Flouquet · L'ŒIL

Le 24 juillet 2007 - 954 mots

Né en Lorraine de parents flamands, Charles Mellin, dit Carlo Lorenese, a travaillé en Italie. Peintre de l’« école française », son parcours pose la question de la validité des écoles de peinture.

Terre d’artistes, la Lorraine a formé plusieurs peintres ou graveurs de talent, de Jacques de Bellange (fin du xvie siècle-1616) à François de Nomé (vers 1593-vers 1644), sans oublier Claude Deruet (1588-1660) ou Israël Silvestre (1621-1691). Certains d’entre eux se sont toutefois davantage illustrés en Italie. C’est le cas de Charles Mellin. Flamand d’origine – son père, ouvrier, s’y installe avec sa famille vers 1598 –, le peintre vit à Rome dès l’âge de vingt ans et mène une carrière italienne entre Rome et Naples. Il s’éteint dans la Ville éternelle le 21 septembre 1649. Son corps est inhumé dans la paroisse Saint-Nicolas-des-Romains, fief de la communauté des Lorrains. Il faut en effet rappeler qu’à cette époque, la Lorraine est encore indépendante de la couronne de France.

Charles Mellin commence sa carrière à Rome à vingt ans
En Italie, Mellin fréquente la colonie d’artistes français et se fait surnommer par les Italiens Carlo Lorenese, à l’exemple du nom donné à Claude Gellée (vers 1600-1682) dit le Lorrain (Claudio Lorenese). Avant même son départ transalpin, le peintre développe des accointances avec l’art italien.
Formé en Lorraine chez Jean Lallement chez qui il entre en apprentissage en 1604, il a en effet l’occasion de découvrir une grande peinture du Caravage (vers 1571-1610), déjà célèbre, L’Annonciation, accrochée en 1609 à la primatiale de Nancy (aujourd’hui conservée au musée des Beaux-Arts). Pourtant, Mellin paraît alors insensible au clair-obscur. Il ne le pratiquera qu’à la fin de sa vie en peignant à son tour une grande Annonciation, exécutée à Naples en 1647.
Vers 1618-1619, le peintre se fixe donc à Rome et débute son parcours italien. Là, il rencontre
Jacques Stella (1596-1657), Simon Vouet (1590-1649) auprès de qui il poursuit sa formation, et le sculpteur Jacques Sarrazin (1592-1660), avec qui il partage un logement. Il fréquente également des Italiens, dont Domenico Zampieri, dit le Dominiquin (1581-1641).
C’est seulement après le départ de Vouet de Rome, en 1627, que la notoriété de Mellin prend de l’ampleur. Il obtient alors ses premières grandes commandes, notamment pour le couvent de la Trinité-des-Monts, où il peint deux grandes lunettes à fresque. Il travaille ensuite chez le marquis Muti, pour qui il livre plusieurs compositions profanes destinées à orner les plafonds de son palais, et dont il forme le fils à la peinture.
En 1631, Charles Mellin remporte son premier titre de gloire. En compétition avec Lanfranco et Poussin, il est choisi pour décorer la chapelle de la Vierge de l’église Saint-Louis-des-Français, en remplacement de Giovanni Baglione (1566-1643), atteint d’une maladie des yeux.
Trois ans plus tard, il obtient son premier contrat pour travailler au décor de Montecassino, célèbre abbaye fondée par saint Benoît située entre Rome et Naples. Là, il livre un Sacrifice
d’Abel (signé et daté de 1634) mais aussi plusieurs peintures pour la voûte de l’église. Les bombardements de 1944, lors de la célèbre bataille de Montecassino, ont malheureusement causé la perte de ce décor, qu’aucune photographie ne peut documenter.

À Naples, l’artiste est considéré comme un peintre « romain »
De 1642 à 1647, Mellin poursuit son voyage vers le sud et séjourne à Naples, où il retrouve son rival Lanfranco. Ces années napolitaines restent toutefois mal connues. Le Lorrain travaille alors dans l’entourage de la famille Barberini et surtout du cardinal Filomarino, nouvellement installé à Naples et détenteur d’une collection de peintures romaines.
Mellin peint à Naples plusieurs décors et grands retables, dont celui de la Santissima Annunziata, brûlé en 1757. Considéré comme un représentant de l’école romaine, il est également appelé sur l’un des chantiers majeurs de la ville : celui de la chapelle du Palais Royal, où travaillent également Ribera et Lanfranco. Mellin y orne la voûte d’une grande fresque, vraisemblablement une Assomption, elle aussi victime de vicissitudes et entièrement détruite lors d’un tremblement de terre.
En 1647, Mellin quitte Naples précipitamment. La ville est alors secouée par une révolte populaire menée contre le vice-roi et consécutive à l’instauration d’un impôt sur la vente des fruits. Le peintre regagne donc Rome, où il passe les dernières années de sa vie, jalonnées de nombreuses zones d’ombre. Il y meurt en 1649, sans jamais avoir regagné la Lorraine.
La lecture de la biographie lacunaire de Charles Mellin soulève donc plusieurs interrogations. Outre le caractère peu assuré de son catalogue, en termes d’attributions et de datations, son travail pose la question de la validité de la notion des écoles nationales de peinture. Flamand d’origine – que lui resta-t-il d’ailleurs de sa culture septentrionale ? –, lorrain de naissance, Mellin fit toute sa carrière en Italie. Il fut même considéré, lors de son séjour napolitain, comme un brillant représentant de l’école romaine, maîtrisant parfaitement la technique de la fresque.
Pourtant, comme en France, les histoires de l’art italien ont elles aussi oublié le Lorrain. À l’égal de Nicolas Poussin, qui lui fit longtemps de l’ombre dans l’histoire de la peinture, Mellin est pourtant un artiste que l’on serait tenté de classer dans la catégorie des peintres italiens. Après sa réhabilitation en France, celle-ci aura-t-elle lieu de l’autre côté des Alpes ?

Biographie

1597 Naissance de Charles Mellin en Lorraine, probablement à Nancy. 1618-1619 Après une courte formation en France, il s’installe à Rome et devient l’élève de Simon Vouet. 1631 Il remporte le concours pour la décoration de la chapelle de la Vierge à Saint-Louis-des-Français, devant ses illustres concurrents Nicolas Poussin et Giovanni Lanfranco. 1636-1637 Décor a fresco des voûtes du chœur de l’église abbatiale de Montecassino, détruit par les bombardements en 1944. 1643-1647 Travaille à Naples. 1649 Le peintre décède à Rome sans jamais être revenu dans sa province natale.

Autour de l’exposition

Informations pratiques « Charles Mellin », jusqu’au 27 août 2007. Commissariat”‰: Claire Stoullig, Patrick Ramade. Musée des Beaux-Arts de Nancy, 3, place Stanislas, Nancy (54). Ouvert tous les jours sauf le mardi de 10 h à 18 h. Tarifs”‰: 6 € et 4 €, tél. 03”‰83”‰85”‰30”‰72, www.mairie-nancy.fr rubriques « culturelle/musées ».

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°592 du 1 juin 2007, avec le titre suivant : Carlo Lorenese

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