Lundi 24 septembre 2018

Les douze citées retrouvées

Capitales d’Arménie

Par Bérénice Geoffroy-Schneiter · L'ŒIL

Le 6 août 2007 - 362 mots

 Ce n’est sans doute pas la plus spectaculaire des expositions présentées à l’occasion de l’« Année de l’Arménie en France », mais c’est peut-être la plus émouvante. Dans le cadre majestueux de la Conciergerie, à Paris, se déploie ainsi l’histoire de ce petit pays d’âpres montagnes et de volcans qui vit naître, en l’espace de trois millénaires, pas moins de douze capitales. Certaines n’ont
livré que de maigres vestiges, d’autres sont menacées de ruine… Pire ! Quelques-unes d’entre elles ne se trouvent même plus sur le territoire arménien mais sur le sol turc, cristallisant à elles seules tous les fantasmes d’un passé glorieux autrefois unifié, telle Ani, « la cité aux mille et une églises ».
Car peu de terres semblent, en effet, avoir attisé autant de convoitises, suscité tant d’appétits ! Située au carrefour des grands Empires perse, romain, byzantin, puis arabe, mongol, ottoman et russe, celle qui fut le premier État à avoir officiellement embrassé la religion chrétienne fut le théâtre d’incessantes invasions de la part de ses puissants voisins qui ruinèrent, tour à tour, ses villes et ses capitales.
Comme si la colère des hommes ne devait pas suffire, celle des éléments naturels paracheva périodiquement ce travail de désolation. Terre de hauts sommets (tel le « biblique » Ararat dont la silhouette neigeuse hante l’horizon géographique et sentimental de tout Arménien), l’Arménie est aussi terre de séismes aussi dévastateurs que les plus cruelles luttes intestines ou agressions…
Et pourtant, à contempler les magnifiques photos de ces monastères et églises perdues dans des paysages caucasiens d’une beauté à couper le souffle, une certitude s’impose. Au-delà des
soubresauts tragiques de son histoire, l’Arménie fut le berceau d’une civilisation profondément originale, expérimentant langages artistiques et recettes architecturales sans aucun autre équivalent au monde, mélange subtil de raffinement et de rudesse, de foisonnement décoratif et d’austère stylisation.
Pour preuve, ces magnifiques « khatchkars » ou « pierres-croix », dont les volutes et autres arabesques semblent sceller dans la pierre le sceau de l’identité arménienne. Fragile et forte tout à la fois…

« Les Douze Capitales d’Arménie », Conciergerie, 2, bd du Palais, Paris Ier, tél. 01 53 40 60 80, jusqu’au 18 mars 2007.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°588 du 1 février 2007, avec le titre suivant : Capitales d’Arménie

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