Vendredi 14 décembre 2018

Ça pousse au Palais de Tokyo

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 1 juillet 2006 - 422 mots

Derrière un titre à la Kid Creole and the Coconuts (groupe phare des années 1980), « Tropico-végétal (Lost in paradise) » rassemble cinq biotopes comme autant de possibilités d’aborder la question de la nature dans l’art d’aujourd’hui. En privilégiant la forme de l’échantillonnage monographique, l’exposition permet de découvrir des microcosmes où la nature passe de la simple figuration au rôle principal.
Avec le couple Jennifer Allora et Guillermo Calzadilla, respectivement nés à Philadelphie et à Cuba, l’environnement est une question de responsabilité civile. Dans Returning a Sound, une balade en moto nous fait découvrir l’île de Vieques dans les Caraïbes. Ce petit bout de terre portoricaine s’est rebellé et a chassé une base militaire américaine en 2003, responsable d’une pollution tapie insidieusement sous la végétation luxuriante. La caméra suit le leader du mouvement local bien décidé à mettre son puissant protecteur devant ses responsabilités, battant le rappel de ses concitoyens et du monde entier à l’aide de sa trompette fichée dans le pot d’échappement de son deux-roues.
L’art d’Allora et Calzadilla est l’un des rares à concilier des formes esthétiques captivantes et simplement poétiques à une conscience inaltérable du politique et de l’engagement social. Là où la plupart des artistes se bornent à réagir trop littéralement, le duo parvient à analyser les problèmes géopolitiques avec finesse et justesse.
Comme un jardin expérimental, l’assemblage de « Tropico-végétal » affiche une biodiversité déroutante et exubérante, alternant technologie et bouts de ficelles, images froides et utopie délirante. Le Suédois Henrik Hakansson avait déjà habitué le public parisien à ses surveillances naturelles en filmant à la caméra infrarouge le jardin interdit de la Bibliothèque nationale de France pendant la Nuit blanche 2005. Cette fois-ci, il s’attaque à la forêt tropicale à travers une batterie de moyens technologiques pour mieux observer la nature. Une luxuriance qui ne fait pas plus défaut aux installations « recyclantes » des Suisses Gerda Steiner et Jörg Lenzlinger. Ils se sont faits une spécialité de la colonisation d’espaces grâce à des élucubrations baroques d’éléments récupérés.
Comme un jardin suspendu tentaculaire, ce spectaculaire Éden de synthèse s’articule à la présence expansive de l’Argentin Sergio Vega, à l’origine d’une combinaison invasive de mythe du paradis perdu et d’histoire coloniale. À charge de la Finlandaise Salla Tÿkka de désamorcer cette fièvre tropicale avec un film hitchcockien, visite d’une héroïne blonde et glacée au zoo d’Helsinki, une plongée en eaux troubles.

« Tropico-végétal (Lost in paradise) », Palais de Tokyo, 13, avenue du Président- Wilson, Paris XVIe, tél. 01 47 23 38 86, jusqu’au 27 août 2006.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°582 du 1 juillet 2006, avec le titre suivant : Ça pousse au Palais de Tokyo

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