Dimanche 18 novembre 2018

Avant la domination romaine en Afrique, les royaumes numides

Par Laure Meyer · L'ŒIL

Le 1 juillet 2003 - 637 mots

Les Numides ? On les connaît peu, relégués dans l’ombre des Romains. Mais ils étaient en Afrique du Nord les premiers hommes de race blanche arrivés au Néolithique, baptisés par les archéologues « paléoberbères ». De nos jours encore, des milliers de monuments funéraires et cultuels en pierre sèche du Ier millénaire av. J.-C. rappellent leur souvenir. À Roknia près de Guelma, une immense nécropole dresse vers le ciel les blocs de ses innombrables dolmens. Pour faire revivre en France le souvenir des Numides, le musée des Antiquités de Rouen a obtenu de nombreux prêts des musées algériens, musées de Cirta, d’Alger, du Bardo, de Cherchell, musée Zabana d’Oran que complètent des pièces du Louvre et de la Bibliothèque nationale de France.
Le pays était beau et les Numides avaient de dangereux voisins. D’abord les Phéniciens, arrivés en bateaux à la recherche de baies calmes pour installer des comptoirs commerciaux. Ils fondent Carthage puis créent des escales à Cherchell, Alger, Hippone. Dans l’intérieur des terres, au IIIe siècle av. J.-C., le pays était partagé en trois royaumes : à l’est les Massyles avaient pour capitale Constantine, à l’ouest les Masaesyles régnaient sur les deux tiers occidentaux de l’Algérie et une partie du Maroc.
Le reste du Maroc était le royaume maure. Massyles et Masaesyles devaient jouer un rôle important dans les guerres puniques qui, durant trois siècles, opposent Rome et Carthage jusqu’au sac de Carthage en 146 av. J.-C.
Malgré les guerres, et pendant plusieurs siècles, à partir de Carthage, les raffinements de la civilisation punique pénètrent en profondeur le pays. Des décors puniques figurent sur les monuments funéraires. La stèle votive du sanctuaire d’El Hofra où apparaît nettement le signe de Tanit sous la forme d’une femme levant les bras entre des caducées atteste la célébration des cultes de Baal Hammon et Tanit dans ce sanctuaire. Mais c’est surtout dans les objets quotidiens que se trouvent des souvenirs de la vie en Numidie. Ils sont souvent luxueux, la vaisselle en céramique ou en verre, parfois en bronze, côtoie le monde de la beauté. Pour les princesses numides, des bijoux d’or et de bronze, des soins de beauté contenus dans de très précieux flacons de parfum en verre. Certains, de couleur turquoise, sont encore parés des irisations gagnées durant un long enfouissement, mais on remarque surtout un petit vase en verre multicolore qui nous rappelle l’expérience séculaire de la production du verre qu’avaient les Phéniciens. Phénicie, Carthage, Numidie, l’itinéraire est clair, confirmé par de nombreuses monnaies attestant les échanges commerciaux depuis le Proche-Orient avec l’Espagne, la Grèce, l’Italie. Partout présents, les marins phéniciens, non contents de transporter des marchandises, multipliaient les liens entre les civilisations. Un médaillon de Poséidon, dieu grec, a été retrouvé dans le mausolée d’El Khroub.
Pourtant, El Khroub était le tombeau d’un roi numide antérieur à l’époque romaine. On pense à Masinissa, roi des Massyles (203-148 av. J.-C.) ou peut-être à Micipsa, souverain masaesyle. Des ossements calcinés contenus dans un bassin d’argent, des armes, épée dans un étui de cèdre, casque à pointe, corne d’appel, disent le souvenir d’un guerrier. On a même retrouvé une maquette de pierre, évocation d’un grand édifice, pyramide surmontée de colonnes. D’autres mausolées étaient conçus selon un schéma semblable, comme le tombeau dit (abusivement) de la chrétienne près d’Alger ou le médracen entre Constantine et Batna.
Pas de tombeau pour Jugurtha, dernier grand roi numide mis à mort à Rome en 105 av. J.-C. ni pour Juba Ier qui se suicide après sa défaite à Thapsus. Mais son fils Juba II élevé à Rome, prince lettré, fait fleurir la civilisation hellénistique en Afrique du Nord et plus particulièrement à Cherchell sa capitale.

« L’Algérie au temps des Royaumes numides », ROUEN (76), musée départemental des Antiquités, 198 rue Beauvoisine, tél. 02 35 98 55 10, 16 mai-18 août.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°549 du 1 juillet 2003, avec le titre suivant : Avant la domination romaine en Afrique, les royaumes numides

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