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Au bonheur des ogres

L'ŒIL

Le 18 mars 2008

C’est un peu de l’atmosphère délirante du magasin de jouets imaginé par Daniel Pennac dans Au bonheur des ogres que l’on retrouve dans l’exposition « L’enfance de l’art ». Comme chez l’écrivain, l’humour, l’innocence et la fraîcheur de certaines pièces cèdent le plus souvent la place à des joujoux sataniques, pervertis, que l’on aurait bien vu aussi dans Le Tambour, film de Schlöndorff, dans lequel David Bennent, entraîné dans sa chute par son jouet ne peut plus grandir et se débat désormais dans un monde absurde. À l’image de ces éternels adolescents qui tardent de plus en plus à quitter le foyer parental et gardent une âme d’enfant, certains artistes contemporains abordent l’imaginaire infantile avec délectation. Pierrick Sorin présente Sorino le magicien une œuvre ludique et savoureuse, bercée par une musique de manège entraînante, évoquant la boîte à illusions d’un prestidigitateur, tandis que Laurence Favory et Philippe Fangeaux prennent comme sujets de leurs toiles des peluches et des poupées. Mais c’est Olivier Rebufa qui emporte la palme de l’immaturité en se mettant en scène au lit avec son idole... la poupée Barbie ! Plus réflexive, Mouton, pièce réalisée en 1962 par Jean Tinguely, est une œuvre bien ancrée dans le monde adulte. Elle illustre la dépouille d’un joujou à bascule, immolé par les flammes, sans doute un compagnon bien sympathique avant que la mort – qui n’épargne personne pas même les jouets, personnifications de l’enfant – ne le prive de son doux pelage ; et c’est également de la mort qu’il s’agit dans Propo objects, le grand cibachrome de Mc Carthy qui représente une poupée cassée, violentée, meurtrie tenant sa tête décapitée à la main. Une vision de l’enfance qui a perdu toute insouciance. On y aurait bien vu à leurs côtés une pièce qu’Arman réalisa dans les années 60. Composée d’une accumulation de mains de poupées coupées, elle s’intitulait Ainsi font, font, font...

PARIS, galerie Piltzer, jusqu’au 12 février.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°513 du 1 février 2000, avec le titre suivant : Au bonheur des ogres

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