Latitude 0

Artistes équatoriens

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 22 juin 2016 - 404 mots

La Maison de l’Amérique latine présente la création méconnue d’un pays marqué par sa géographie.

PARIS - Au mur des lignes dessinent des formes ovoïdes concentriques et une croix. Les ovales figurent quatre unités de mesure européennes antérieures au mètre, tandis que la croix associe deux mesures d’anciennes civilisations amérindiennes. Le tout semble former une sorte de « cosmovision » traversant le temps et l’espace qui n’en demeure pas moins abstraite pour le profane. Mais ces Orbites arbitraires (2016) de Jose Hidalgo-Anastacio laissent percer un intérêt manifeste pour la ligne et la cartographie, ce qui semble n’être pas anodin chez un artiste équatorien. Si la création artistique latino-américaine a le vent en poupe, celle de l’Équateur demeure encore méconnue du fait notamment du manque de structures d’exposition, même si quelques artistes et galeries, NoMínimo à Guayaquil notamment, ont commencé à percer à l’étranger.

Un pays de jonction
Organisée par Bernard Marcadé et l’artiste équatorien installé à Paris Santiago Reyes, l’exposition « Chaupi-Aequator » réunit une vingtaine d’artistes et autant d’œuvres provenant du seul pays au monde dont le nom est aussi celui d’un repère géographique. Manifestement cette singularité interpelle ceux ayant été conviés à la Maison de l’Amérique latine, à Paris, qui interrogent la géographie, la latitude 0 et une ligne qui pose beaucoup de questions, en particulier car elle ne croise pas le véritable point zéro qui est en fait distant de 300 mètres. José Luis Macas Paredes s’en saisit en filmant un drôle et curieux match d’« ecuavolley » (un volley pratiqué avec un ballon de football) de part et d’autre d’un filet exactement placé sur la latitude 0, avec pour conséquence une équipe située au nord et une au sud. Car c’est bien d’une ligne de jonction et de fracture à la fois dont s’emparent certains artistes, entre nord et sud donc, entre centre et périphérie (Fernando Falconí et son étrange tableau figurant les régions du pays dans la veine naïve des livres pour enfants), entre ascendances indiennes ou espagnoles (Fabiano Kueva qui, à Berlin, repart sur les traces du voyage d’Alexander von Humboldt et ses modes de présentation et de classification).

Alors qu’Estefanía Peñafiel Loaiza réécrit à l’envers, dans une vidéo, le journal de voyage Ecuador d’Henri Michaux, Rometti Costales exposent un Drapeau de l’anarchisme magique fait de graines rouges et noires opposant une stricte démarcation. Une précision, le terme « chaupi » signifie la moitié ou le milieu en quechua.

CHAUPI-AEQUATOR

jusqu’au 20 juillet, Maison de l’Amérique latine, 217, bvd Saint-Germain, 75007 Paris, tél. 01 49 54 75 00, www.mal217.org, tlj sauf dimanche 10h-20h, samedi 14h-18h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°460 du 24 juin 2016, avec le titre suivant : Artistes équatoriens

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