Vendredi 23 février 2018

Art et décoration

Raoul Dufy, de la peinture à la céramique

Le Journal des Arts

Le 11 août 2008

Le Musée des beaux-arts de Lyon, en collaboration avec le Museu Picasso de Barcelone, offre à Raoul Dufy sa première rétrospective en France depuis 25 ans. Cent cinquante peintures, dessins, gravures, textiles et céramiques brossent le portrait d’un artiste qui, ignorant les frontières, adaptait sa poétique aimable et souriante à toutes ces techniques.

LYON - Une récente exposition au Musée d’art moderne de Villeneuve-d’Ascq a mis en évidence les dimensions décoratives dans l’art du XXe siècle, en rejetant ce qu’une telle expression pouvait avoir de péjoratif. Ce retour en grâce pourrait indirectement bénéficier à Raoul Dufy, à qui l’infamante épithète a souvent été accolée et qui a longtemps été considéré comme un épigone aimable de Matisse. Le maître lui-même n’était pas tendre : “Il me dégoûte de mes modèles, sur lesquels il dégueule”, écrivait Matisse à sa fille, traitant Dufy d’“escroc conscient”. Certaines toiles des années trente et quarante, comme l’Atelier de la rue Jeanne d’Arc à Perpignan ou la Console rouge au compotier, ne lui donnent pas tout à fait tort mais, quoi qu’il en dise, Dufy, né à la peinture sous le signe de Boudin et de Monet, était parvenu à se forger un style propre, identifiable au premier coup d’œil, après avoir été successivement fauve et “cézannien”. De même, il a été à la fois peintre, graveur, décorateur et céramiste, autant de facettes qui font de lui un artiste insaisissable, à défaut d’être inclassable. Les quelque 150 œuvres (peintures, gravures vases, tissus) rassemblées par le Musée des beaux-arts de Lyon s’efforcent de couvrir le spectre de son activité, en faisant la part belle, pour les tableaux, aux années 1906-1913, sans doute les plus intéressantes. Il joue en effet un rôle moteur dans le mouvement “fauve”, aux côtés de son ami Albert Marquet. 1906, c’est l’année faste, celle des célèbres Affiches à Trouville et de la Rue pavoisée. L’année suivante, il s’éloigne des plages normandes et gagne le Midi, nouvelle Mecque des peintres. Sous l’influence de Braque, avec qui il travaille à l’Estaque durant l’été 1908, il marche sur les pas de Cézanne dont il partage la même rigueur constructive. Cette collaboration avec Braque trace la voie vers le Cubisme, voie au bout de laquelle Dufy ne s’aventurera pas. En revanche, quelques années plus tard, il adapte à ses thématiques aimables et mondaines l’une des grandes conquêtes du Cubisme, en désolidarisant le dessin de “la couleur d’un objet [qui] nous arrive bien avant la perception de son contour et nous quitte plus tard aussi”. À partir des années vingt, les lignes souples tracées sur les aplats colorés confèrent aux compositions une légèreté et une musicalité bien éloignées de sa rigueur originelle. “À l’heure où la peinture est submergée de monstruosités glacées ou hurlantes, l’œuvre de Raoul Dufy, faite de méditation sensible et d’amour, demeure vivante et pleine de joie”, résumait assez justement le peintre Marcel Gromaire. Ses remarques pourraient tout aussi bien s’appliquer à ses travaux de céramiste et de dessinateur de textiles. Il n’est pas rare d’ailleurs de retrouver des motifs comparables sur les vases et jardins d’appartement et sur ses toiles, abolissant la frontière éculée entre arts majeurs et mineurs.

De 1912 à 1928, il fournit à la manufacture lyonnaise Bianchini-Férier des motifs de tissus où s’exprime sa verve fantaisiste. Ainsi, la Jungle voit s’ébattre gaiement des éléphants et d’inoffensifs léopards, quand il ne reprend pas tout simplement les gravures imaginées pour le Bestiaire ou Cortège d’Orphée de Guillaume Apollinaire. Car Dufy s’est également distingué comme illustrateur, et le Musée de l’imprimerie présente cet aspect de son travail, en parallèle à la rétrospective.

- RAOUL DUFY (1877-1953), jusqu’au 18 avril, Musée des beaux-arts, 20 place des Terreaux, 69001 Lyon, tél. 04 72 10 17 40, tlj sauf mardi et 5 avril 10h30-18h. - RAOUL DUFY ET LE LIVRE, jusqu’au 18 avril, Musée de l’imprimerie, 13 rue de la Poulaillerie, 69002 Lyon, tél. 04 78 37 65 98, tlj sauf lundi et mardi 13h-19h. Catalogue RMN, 256 p., 135 ill. coul., 245 F.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°76 du 5 février 1999, avec le titre suivant : Art et décoration

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque