Dimanche 23 septembre 2018

Annette Messager

Le vivant et l'artificiel

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 31 juillet 2007 - 382 mots

 Héros malgré lui des installations ô combien mouvementées d’Annette Messager, Pinocchio semble y avoir finalement pris goût. Après qu’elle a remporté avec lui le Lion d’or à la Biennale de Venise voilà deux ans, l’artiste le remet en jeu dans une impressionnante prestation en plein cœur du Forum à Beaubourg. Le légendaire petit bonhomme en bois s’y retrouve tranquillement étendu sur un polochon qui glisse au sol tout autour d’une énorme masse d’autres polochons sur laquelle chutent comme tombés du ciel une foule de fragments de corps humains en skaï rembourré pris dans de grands filets noirs.
Annette Messager est coutumière de ce genre de travaux qui mêlent indistinctement le ludique et le tragique, le poétique et le monstrueux, le dérisoire et l’enchanteur. Les différentes salles de l’exposition que lui consacre le Centre Pompidou en sont une autre et étonnante illustration. Entre vivant et artificiel, la démarche de Messager se nourrit d’art populaire, cultive le goût des proverbes et des sentences, puise son inspiration dans le quotidien comme dans les contes de fées.
Au sein d’un parcours panoramique mais non chronologique, on y retrouve les Albums-collections et les vitrines de Pensionnaires des années 1970 qui posent la question du statut de la femme et de l’artiste et qui tiennent surtout à l’idée de classement et d’inventaire. On s’y laisse quelque peu effrayer par les photographies peintes des années 1980 aux figures de Chimères et autres Trophées, lesquelles relèvent davantage d’une imagerie fantastique, voire monstrueuse. Viennent enfin les installations et environnements des années 1990 qui font appel à toutes sortes de dispositifs et de machineries plus ou moins sophistiqués : ici ce sont tout un lot de Piques déployées dans l’espace, là d’éléments organiques qui pendent parmi des mots, là encore des pantins-automates qui s’agitent au-dessus de formes inertes.
S’il est proprement impossible de ressortir indemne de l’expérience de l’œuvre d’Annette Messager, c’est qu’il y est question de vie et de mort, qu’il y va de la suggestion de terribles catastrophes, mais aussi d’un élan vital essentiel et d’une irrépressible volonté à rebondir. D’autant que le corps est le pivot central à partir duquel tout est élaboré et auquel chaque œuvre nous renvoie sans cesse.

« Annette Messager, les Messagers », Centre Pompidou, Paris ive, tél. 01 44 78 12 33, www.centrepompidou.fr, jusqu’au 17 septembre 2007.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°593 du 1 juillet 2007, avec le titre suivant : Annette Messager

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