Vendredi 20 septembre 2019

Alexander Kosolapov Masterchef à la sauce Russe

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 30 septembre 2010 - 362 mots

Depuis longtemps, les artistes russes contemporains se sont fait une spécialité de la provocation, d’un sens du kitsch bien particulier et de mises en scène baroques ne lésinant pas sur les moyens, le collectif AES F en étant un exemple.

Heureusement, pour une saison russe qui battra notamment son plein au Louvre, la galerie Vallois Sculptures s’est choisi un autre porte-drapeau : Alexander Kosolapov. Il ne manie pas le symbole avec plus de discrétion et parcimonie et sert une pratique critique du capitalisme à coup de principes d’association plutôt violents.

Reprenant les grands genres et les grandes figures de l’histoire de l’art, il leur confère une actualité, notamment en usant du logo de la firme McDonald, synonyme de malbouffe globalisée. Rien à voir avec une lubie opportuniste car, depuis 1975, ce chef de file du Sots Art – pour art et socialisme, sorte de Pop post-communiste – fait un sort à Mickey, Coca et consorts du leadership agroalimentaire et culturel mondial. Et les grandes institutions muséales américaines ne s’y sont pas trompées, achetant les œuvres de cet artiste russe plutôt énervé, un paradoxe.  Après avoir mis Lénine et l’Union Soviétique à la sauce soda, l’artiste s’en prend aujourd’hui à un autre symbole, celui du luxe « made in Russia » : le caviar. Cette icône du « bon goût » d’une jet-set clinquante se retrouve brocardé en tableau religieux, centre d’un culte toujours plus avide des apparences, et côtoie un M jaune servant de support à un « ange du cholestérol » ou une vanité cynique, Macdeath. Jeu de mot sur le hamburger que tient serré entre ses dents un crâne, l’association se fait photo-choc. 

Tel est le registre artistique de Kosolapov : l’uppercut dans la figure de ses spectateurs et de ses collectionneurs. Espérant ainsi une prise de conscience de ce monde déréglé, il va même jusqu’à peindre en anglais sur un grand format, le slogan provocant (quoique douteux), « Jésus épargne, Moïse investit ». Nous voilà prévenus, c’est une leçon à la russe, cash.

« Alexander Kosolapov », galerie Vallois Sculptures, 35 et 41 rue de Seine, Paris VIe, tél. 01 43 29 50 84, www.vallois.com, jusqu’au 30 octobre 2010.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°628 du 1 octobre 2010, avec le titre suivant : Alexander Kosolapov Masterchef à la sauce Russe

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