Vendredi 13 décembre 2019

Ainsi créait Darmstadt

Les documents fondateurs du modernisme allemand

Le Journal des Arts

Le 21 décembre 2001 - 743 mots

Associé à une certaine forme de sobriété, l’art hollandais n’en a pas moins été sensible au XVIIIe siècle aux séductions et aux volutes du style rococo, venu de France. Les centaines d’objets rassemblés au Rijksmuseum d’Amsterdam offrent un regard nouveau
sur une période peu étudiée de l’histoire des Pays-Bas.

Darmstadt (de notre correspondant) - Appelé “Jugendstil” en Allemagne, l’Art nouveau a eu, dans les années 1900, un retentissement international. Remettant à l’honneur un nom oublié, autrefois en vogue  – la “Lebensreform” (la réforme de la vie) –, l’Institut Mathildenhöhe de Darmstadt propose l’exposition “Art et vie : une réforme radicale. Nouvelles conceptions vers 1900”. Mouvement qui a révolutionné l’art, l’architecture et l’artisanat en Allemagne entre le XIXe et le XXe siècle, la “Lebensreform” étudie également l’idéologie de la réforme globale de la vie, à l’origine de ces mouvements. Parmi les sept cents objets présentés figurent des accessoires de gymnastique, des jeux pour enfants, des automobiles et des ustensiles qui n’étaient pas destinés à esthétiser le monde, mais servaient à redéfinir la vie quotidienne. Par ailleurs, des documents concernant Friedrich Nietzsche, premier inspirateur parmi les nombreux “réformateurs”, témoignent de l’innovation radicale dont il fut à l’origine. Réalisées par les principaux représentants de cette nouvelle forme d’expression, dont la plupart étaient actifs en Allemagne, quelque 170 œuvres de Kandinsky, Munch, Nolde, Kirchner et Beckmann, ainsi que des meubles, des objets d’usage courant et des projets architecturaux d’Olbrich Behrens, van de Velde et Tessenow, illustrent l’ampleur de ce mouvement éclos à Darmstadt. Cette ville n’est pas devenue un centre européen de l’idée de réforme radicale de l’art et de la vie, à l’origine de la notion de modernisme, à la suite d’un rassemblement spontané de “réformateurs” comme à Vienne, Paris, Glasgow, Nancy ou Munich, mais par la volonté politique et culturelle d’un gouvernant éclairé, le grand-duc Ernst Ludwig. Professant la devise “le renouvellement de la vie à travers la beauté”, ce dernier a attiré à lui, à partir de 1899, le premier cercle d’artistes et d’architectes, qui a ainsi donné naissance à la Künstlerkolonie. Cette colonie d’une vingtaine d’artistes installée dans des maisons-ateliers et des laboratoires construits pour l’occasion s’est engagée jusqu’au début de la Première Guerre mondiale dans la conception de nouvelles théories allant de l’urbanisme à la vie quotidienne. Peter Behrens et Joseph Maria Olbrich, déjà à l’avant-garde de la nouvelle idéologie architecturale, faisaient partie de ce premier cercle. Olbrich conçut, selon des principes et un style s’inspirant de la Sécession viennoise, les maisons-ateliers encore sur pied dont il fut l’un des principaux promoteurs, et aussi le musée pour les expositions cycliques de la Künstlerkolonie, désormais siège de l’Institut Mathildenhöhe qui accueille l’exposition.

Nostalgie pour l’unité originelle de l’homme
La première des sept sections autour desquelles s’articule “Art et vie : une réforme radicale. Nouvelles conceptions vers 1900” est consacrée au corps. L’ère du corps commence au moment de la redécouverte des exercices de gymnastique avec le retour des Jeux olympiques et culmine avec la réhabilitation de la corporalité, y compris de la sexualité. Les soins physiques et esthétiques accompagnent la révolution de l’habillement. Le pédantisme ampoulé de l’époque de Guillaume II disparaît avec les corsets des femmes. Il s’agit de la “Lebensreform”. Contestataire acerbe de l’époque de Guillaume II, Friedrich Nietzsche exerça une influence déterminante sur la formation des consciences des principaux “réformateurs”. Ainsi parlait Zarathoustra devint leur bible, tandis que l’image du philosophe fut l’objet de nombreux portraits, dont plusieurs sont exposés. Il est impossible de comprendre la “Lebensreform”, et avec elle, le Jugendstil, si l’on ne reconnaît pas la position centrale qu’occupe la “Sehnsucht”, cette nostalgie pour l’unité originelle de l’homme, de la nature et de l’environnement. Le rapport entre l’industrialisation et le nouveau sentiment envers la nature ne représente qu’une partie des contradictions inhérentes à la pensée de la “Lebensreform”, que l’exposition met en exergue. Faire émerger la complexité et la multiplicité des orientations qui animèrent la “Lebensreform” constitue le point fort de cette exposition. En effet, elle fait ressortir le rapport subtil qui unit les lignes sinueuses à l’allure asymétrique des meubles de van de Velde à une vision renouvelée du monde, mais aussi l’arrivée de l’automobile, parallèlement à la naissance de la culture du nudisme, comme réalisation d’un rapport sans l’intermédiaire de l’habillement entre l’homme et la nature.

- Art et vie : une réforme radicale. Nouvelles conceptions vers 1900, jusqu’au 24 février, Institut Mathildenhöhe, Olbrichweg 13, Darmstadt, tél. 49 061 51 13 33 85, tlj sauf lundi 10h-18h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°139 du 21 décembre 2001, avec le titre suivant : Ainsi créait Darmstadt

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